Un dramatique renversement doctrinal sur le baptême dans le diocèse de Sion

Dans un article récent consacré à une enquête suisse 1 qui manifeste que « le baptême n’est plus une évidence » 2, nous avons pu lire cette réponse du vicaire général du diocèse de Sion, l’abbé Pierre-Yves Maillard : « Qu’est-ce que l’on sait de ce que Dieu fait dans le cœur des gens ? Il ne se limite pas aux sacrements et n’aime pas moins ceux qui ne sont pas baptisés. Il y a plein de bonté aussi chez des gens qui ne viennent pas du tout à l’église. » Cette réponse nous pousse à vous rappeler ici l’enseignement de l’Eglise quant au baptême, et pour ce faire, nous allons nous appuyer sur une lettre pastorale de l’évêque de Sion pour le carême de l’année 1911.

  • 1. Cf. Le Rocher c’est le Christ N° 123, février - mars 2020, pages 15 et suivantes.
  • 2. Le Nouvelliste, 13/01/2020, pp. 2 et 3.

Monseigneur Jules-Maurice Abbet (1845-1918), évêque de Sion

Mgr Jules-Maurice Abbet fut ordonné prêtre en 1870, professeur au collège et à l’école de droit de Sion de 1871 à 1880, curé de Sion et chanoine de la cathédrale de 1880 à 1895, évêque coadjutateur de Mgr Adrien Jardinier (1808-1901) de 1895 à 1901, et évêque de Sion de 1901 à 1918. Dans son Oraison funèbre (11 juillet 1918), Mgr Joseph Mariétan (1874-1943), Abbé de Saint-Maurice, évêque titulaire de Bethléem, parlait ainsi du défunt évêque de Sion : « Mgr Abbet aima la vérité et il aima passionnément à la faire connaître. Il apporta à la propager, à la défendre, une ardeur (…) que seule la grâce put orienter et sut diriger. (…) Toutes les lettres pastorales de Mgr Abbet sont un enseignement mis à la portée des fidèles qu’il sait comprendre et à qui il sait parler. Mgr Abbet était né pour enseigner et, sans dédaigner l’élite intellectuelle, il était – tel un évêque de la primitive Eglise – surtout Pasteur du peuple. Son grand et constant désir était de sauver les âmes en leur donnant cette vérité qui les délivrera du péché et de la mort. Cette préoccupation donnait à son enseignement sa conséquence logique et nécessaire : l’application morale. Ses œuvres sont pleines de conseils pratiques qui laissent nettement entrevoir un Père qui n’ignore rien des dangers que courent la foi et la vertu de ceux dont il a la garde. (…) Mgr Abbet aura le mérite de nous avoir laissé par une forte doctrine de quoi éclairer les âmes. »

Dans un hommage à Mgr Victor Bieler à l’occasion de son 70e anniversaire, les Echos de Saint-Maurice 1 parlent ainsi de Mgr Jules-Maurice Abbet : « Il avait mis au service de l’Eglise sa parole doctorale et une plume bien taillée. » Voyons donc comment Mgr Jules-Maurice Abbet rappelait, il y a un peu plus de cent ans, à ses diocésains la doctrine catholique du baptême.

Pourquoi Jésus-Christ a-t-il ordonné à ses apôtres de baptiser tous les hommes ?

Qu’est-ce que le baptême ? Le catéchisme répond : Le baptême est un sacrement qui nous faisant renaître spirituellement, nous fait chrétiens, enfants de Dieu et de l’Eglise.

(…) Le Fils de Dieu affirme catégoriquement que personne ne peut se sauver sans le baptême. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si un homme ne renaît pas de l’eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » 2 Pourquoi donc, sans le baptême, ne peut-on pas entrer dans le royaume de Dieu ? Précisément parce que le baptême produit et donne la grâce sanctifiante sans laquelle personne ne peut aller au ciel.

Le baptême, dit le catéchisme, est un sacrement qui nous fait renaître spirituellement. C’est très juste. Le Sauveur lui-même l’enseigne : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si un homme ne renaît pas de l’eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu ? » Renaître, c’est évidemment naître une seconde fois. Le baptême est donc véritablement une renaissance, une seconde naissance.

A part cette vie corporelle qui finit par la mort, en nous donnant le baptême, Dieu nous a donné une vie spirituelle, qui consiste dans la grâce sanctifiante, sans laquelle personne ne peut aller au ciel. Comme nous perdons la vie corporelle par la mort, ainsi nous perdons la grâce sanctifiante par le péché mortel.

Avec la grâce sanctifiante, le baptême nous donne aussi les trois vertus les plus importantes et les plus indispensables, la foi, l’espérance et la charité. Si nous consultons l’Eglise, elle nous dira que ce sacrement efface le péché originel et nous remet, sans exception, tous les péchés dont nous pourrions être coupables. C’est aussi l’enseignement de l’Eglise, que le baptême nous remet toutes les peines, soit éternelles, soit temporelles ou temporaires, que nous aurions méritées par nos péchés.

Le baptême est le plus nécessaire de tous les sacrements

Le baptême est non seulement le premier, mais il est aussi le plus nécessaire de tous les sacrements. Et pourquoi ? Parce que sans le baptême, personne ne peut aller au ciel. C’est le Fils de Dieu qui l’enseigne formellement. « Si un homme, dit-il, ne renaît pas de l’eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »

Beaucoup peuvent se sauver sans le sacrement de pénitence, beaucoup peuvent se sauver sans le sacrement de l’Eucharistie, beaucoup peuvent aller au ciel sans la confirmation et sans l’extrême-onction, mais personne ne peut y entrer sans le baptême. Aucun sacrement n’est d’une nécessité aussi rigoureuse et aussi universelle que le baptême.

Mais, me direz-vous, est-il bien vrai que personne ne puisse aller au ciel sans le sacrement de baptême, c’est-à-dire sans le baptême d’eau ? Il y a dans le monde, d’après les statistiques, plus de huit cent millions de païens qui n’ont jamais entendu parler de Dieu et de son Eglise. Et en dehors de l’Eglise catholique, combien y a-t-il de sectes qui ne croient plus à la nécessité du baptême ! Combien de sectes dont le baptême est d’une validité plus que douteuse ! Faut-il donc conclure que tous ces païens et tous ces hérétiques ne peuvent absolument pas aller au ciel ?

D’abord, laissez-moi vous citer, sur cette question, un passage d’une encyclique de Pie IX. « Nous le savons et vous le savez, ceux qui ignorent invinciblement notre religion sainte, qui observent avec soin la loi naturelle et ses préceptes, gravés par Dieu dans le cœur de tous, qui sont disposés à obéir au Seigneur, et qui mènent une vie honorable et juste, peuvent, avec l’aide de la grâce et de la lumière divine, acquérir la vie éternelle ; car Dieu voit parfaitement, il scrute, il connaît les esprits, les âmes, les pensées, les habitudes de tous, et dans sa bonté suprême, dans son infinie clémence, il ne permet point qu’on souffre les châtiments éternels sans être coupable de quelque faute volontaire. » 3

Voilà la vérité, voilà l’enseignement de l’Eglise catholique. Personne n’est condamné par Dieu sans être coupable.

Comment donc ceux qui ne connaissent pas le baptême et qui ne peuvent recevoir ce sacrement, comment pourront-ils se sauver ? L’Eglise nous enseigne que dans les cas de nécessité, le sacrement de baptême peut être suppléé et remplacé par le baptême de désir et par le baptême de sang.

Le baptême de sang

Quand reçoit-on le baptême de sang ? On reçoit ce baptême quand on souffre le martyre pour Jésus-Christ. Remarquez qu’il faut deux conditions pour le martyre. D’abord, il faut mourir, ou au moins souffrir un supplice qui, par sa nature, doit donner la mort, lors même que par une intervention divine, la mort serait empêchée, comme cela a eu lieu pour saint Jean, qui a été plongé dans de l’huile bouillante sans mourir. Ensuite, il faut que le persécuteur soit inspiré et poussé par la haine du christianisme.

Pendant les persécutions sanglantes des premiers siècles, on a vu très souvent des païens embrasser le christianisme et souffrir le martyre, avant d’avoir pu recevoir le sacrement de baptême. Ce qui les frappait surtout et contribuait tout particulièrement à les convertir, c’était la patience et le courage avec lequel les chrétiens supportaient les supplices et affrontaient la mort. Vous connaissez sainte Emérentienne, la sœur de lait de sainte Agnès. Elle n’était pas encore baptisée, elle n’était que catéchumène quand elle souffrit le martyre. L’Eglise en célèbre la fête le 23 janvier, et le bréviaire dit catégoriquement qu’elle fut baptisée dans son propre sang – proprio sanguine baptizata. Nous célébrons aussi chaque année, deux jours après Noël, la fête des saints Innocents. Ces enfants, que la cruauté d’Hérode fit égorger, n’ont pas reçu le sacrement de baptême, ils n’ont reçu que le baptême de sang. L’Eglise les honore comme des saints.

Le baptême de désir

Qu’est-ce que le baptême de désir ? C’est, comme vous le savez, le désir sincère de recevoir le baptême, accompagné de la contrition parfaite ou de la charité parfaite. La contrition parfaite suppose toujours la charité parfaite. Quand nous avons la contrition parfaite, nous nous repentons d’avoir offensé Dieu, surtout parce qu’il est infiniment bon et infiniment aimable ; en d’autres termes, nous nous repentons d’avoir offensé Dieu, surtout parce que nous l’aimons par-dessus tout comme le souverain bien. La charité parfaite efface toujours les péchés et nous donne la grâce sanctifiante qui fait de nous des amis et des enfants de Dieu.

Mais comment les païens peuvent-ils avoir le baptême de désir ? Ils n’ont jamais entendu parler de Jésus-Christ et de ses sacrements. On ne peut pas désirer une chose dont on n’a jamais entendu parler.

Les païens peuvent avoir le baptême de désir, précisément parce que ce désir est toujours compris implicitement dans la charité parfaite. Et comment ?

Quand nous avons la charité parfaite, nous aimons Dieu par-dessus tout, et par conséquent nous sommes disposés à faire en tout sa volonté et à remplir les devoirs qu’il nous impose. Or, Dieu fait à tous les hommes un devoir rigoureux de recevoir le baptême, sans lequel personne ne peut aller au ciel. Dans la contrition parfaite ou dans la charité parfaite, est donc toujours compris implicitement le désir de recevoir le baptême. Voilà comment les païens, qui n’ont jamais entendu parler des sacrements, peuvent néanmoins, avec la grâce de Dieu, bien entendu, avoir le désir de recevoir le baptême et aller au ciel.

Mais est-il bien certain que Dieu leur donne la grâce de la contrition parfaite soit de la charité parfaite ? Et pourquoi donc ne leur accorderait-il pas cette faveur ? Il est certain que Dieu a créé tous les hommes pour le ciel : ce serait un blasphème de soutenir qu’il a créé des hommes pour des supplices éternels. Il est certain aussi, par conséquent, qu’il veut sincèrement le salut et le bonheur éternel de tous les hommes. Il l’affirme catégoriquement par la bouche de saint Paul : « Dieu veut, dit-il, que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité. » 4

Il est certain, comme l’enseigne l’Esprit-Saint, que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes sans exception. 5

Comme il n’y a pas un seul homme que Dieu n’ait créé pour le ciel, pas un seul homme pour qui Jésus-Christ ne soit mort, ainsi vous ne trouverez pas un seul homme dont Dieu ne désire sincèrement le salut. Or, qui veut la fin, doit vouloir aussi les moyens. Et celui qui ne voudrait pas les moyens, ne pourrait pas raisonnablement vouloir la fin. Comment donc, pourrait-on dire, que Dieu a créé tous les hommes pour le ciel, s’il leur refusait les moyens nécessaires pour y aller ?

Eh bien, cherchez, réfléchissez tant qu’il vous plaira, et vous verrez que les païens n’ont pas d’autre moyen que la contrition parfaite ou la charité parfaite pour obtenir la grâce sanctifiante et pour aller au ciel.

Le devoir rigoureux de recevoir le baptême et de témoigner à Dieu notre reconnaissance

Remarquez bien que ni le baptême de désir, ni le baptême de sang ne sont le sacrement de baptême ; mais ils suppléent et remplacent ce sacrement, dans les cas de nécessité, en nous donnant la grâce sanctifiante et en nous ouvrant ainsi la porte du ciel. Le sacrement de baptême, c’est le baptême d’eau. Sans eau, pas de baptême. Jésus-Christ l’a dit : « Si un homme ne renaît pas de l’eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »

Vous devez donc conclure aussi que ni le baptême de désir, ni le baptême de sang ne peuvent nous donner ce caractère spirituel et ineffaçable que le baptême imprime dans nos âmes. Aussi longtemps que nous ne sommes pas baptisés, lors même que nous aurions la charité parfaite, il nous reste toujours l’obligation de recevoir ce sacrement. Car Dieu fait à tous les hommes, sans exception, un devoir rigoureux de recevoir le baptême.

A la fin de sa lettre pastorale, Mgr Jules-Maurice Abbet rappelle les principaux enseignements de l’Eglise catholique sur le baptême en citant les canons du Concile de Trente 6. Il conclut en disant :

De tous les bienfaits que Dieu nous a prodigués, le baptême est, sans contredit, un des plus importants. Ce sacrement a orné notre âme de la grâce sanctifiante ; il nous a donné la foi, l’espérance et la charité ; il a fait de nous des enfants de Dieu et de son Eglise. N’oublions pas de témoigner souvent notre reconnaissance à Dieu pour cet incomparable bienfait du baptême.

Et vous, pères et mères, n’oubliez pas que vos enfants ne peuvent pas aller au ciel sans le baptême. Si vous les aimez sincèrement, si vous tenez réellement à leur bonheur, vous ferez baptiser vos nouveau-nés le plus tôt possible. Quels terribles remords vous auriez, si, par votre faute, un seul de vos enfants était privé du baptême, et privé, par conséquent, du bonheur éternel des élus.

(…) Quelles que soient les apparences, un nouveau-né est toujours une existence frêle et délicate. Une légère indisposition, un rien peut lui causer la mort. Votre premier souci, parents chrétiens, doit être le bonheur éternel de vos enfants. Avant tout, par conséquent, le baptême, sans lequel ils ne peuvent aller au ciel.

Conclusion

La réponse du vicaire général du diocèse de Sion est-elle conforme à l’enseignement traditionnel de l’Eglise quant au baptême ? Il semblerait que non… puisque ni l’ordre de Notre-Seigneur Jésus-Christ à ses apôtres de baptiser tous les hommes, ni la nécessité du baptême, ni le devoir rigoureux de recevoir le baptême ne sont rappelés. On pourrait penser que le journaliste ait mal rendu compte de ses propos… C’est possible. Mais en même temps, qu’un tel renversement doctrinal soit arrivé dans l’Eglise ne nous supprend pas, car il y a eu un concile “pastoral” qui a enseigné que « beaucoup d’éléments de sanctification et de vérité » existent en dehors des limites visibles de l’Eglise catholique. 7

Pour notre part, à la suite de notre vénéré fondateur, nous pensons qu’« il est ahurissant qu’aujourd’hui certains prétendent laisser chacun trouver son chemin vers Dieu selon les croyances en vigueur dans son “milieu culturel”. » 8

abbé Claude Pellouchoud

  • 1. 1951, tome 49, p. 201.
  • 2. Jean III, 5.
  • 3. Encycl. Quanta conficiamur mœrore, du 10 août 1863.
  • 4. I Tim. II, 4.
  • 5. II Corinth. V, 15.
  • 6. Session VII.
  • 7. Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique rédigé à la suite du deuxième concile œcuménique du Vatican, n° 819.
  • 8. Mgr Marcel Lefebvre, Lettre ouverte aux catholiques perplexes, chap. X.