Souviens-toi, homme, que tu es poussière

Bien chers fidèles,

Il y a deux semaines, la liturgie nous rappelait la grande fragilité humaine : « Memento homo quia pulvis es et in pulverem reverteris – Souviens-toi homme, que tu es poussière et que tu retomberas en poussière. » Le prêtre avait joint à cette parole un signe très fort, en marquant nos fronts du signe de la croix, avec la cendre bénie.
Qui aurait pu penser alors que, deux semaines plus tard, le monde entier serait ébranlé dans sa superbe par un minuscule petit virus, et découvrirait sa fragilité comme rarement auparavant ?
Essayons alors de porter un profond regard de foi sur ces événements, d’une part pour prendre de la hauteur et considérer ces événements à la lumière de la divine Providence, sans céder à un vent de panique, ni tomber dans une irresponsable banalisation, et d’autre part pour agir en chrétien, et discerner ce que Dieu attend de chacun d’entre nous en ces temps difficiles.

Que nous dit la foi ?

Elle affirme que Dieu est notre Créateur, qu’il est pour nous un Père infiniment aimant, mais aussi que ce Père nous a donné sa loi, ses commandements, et que, s’il nous appelle à un bonheur infini, le sien, il nous demande cependant aussi de venir à lui, de dépendre de lui, de lui obéir.
Or notre monde, depuis des décennies, a donné congé à Dieu. Fort de ses découvertes scientifiques, il a cru pouvoir se passer de lui. Regardez toutes les réalisations de la science moderne : elle pensait avoir une puissance quasi infinie de domination sur la nature, elle imaginait déjà pouvoir prolonger quasi indéfiniment la durée de vie de l’homme sur la terre. Mais vient un minuscule petit virus et toute cette puissance est ébranlée dans ses fondements.
Comme il serait bien que l’homme moderne, et nous-mêmes, bien chers fidèles, nous méditions ce texte dans lequel Dieu s’adresse au saint homme Job : « Dieu répondit à Job du sein de la tempête, et dit : Quel est celui qui obscurcit ainsi le plan divin, par des discours sans intelligence ? Je vais t’interroger, et tu m’instruiras. Où étais-tu quand je posais les fondements de la terre ? Dis-le, si tu as l’intelligence. Qui en a fixé les dimensions ? Le sais-tu ? »
Dans un style merveilleusement imagé et si profond, Dieu rappelle à Job sa petitesse, non pour l’écraser ou le décourager, mais pour qu’il revienne à sa juste place en face de la grandeur de Dieu. Ne devrions-nous pas, nous aussi, profiter de cette soudaine prise de conscience de la fragilité de notre monde moderne, pour nous remettre à notre place ? Pour nous rappeler que nous sommes dépendants en toutes choses de Dieu, et que, sans lui, nous ne sommes rien ?
Job avait été profondément atteint dans sa santé, dans ses biens, mais il avait le sens de Dieu : « Dieu m’a donné, Dieu m’a repris, Dieu soit loué ! » Voilà le sens de notre dépendance de Dieu.

Dépendance envers Dieu

Or ce sens de la dépendance envers Dieu, bien chers fidèles, nous pouvons nous aussi le perdre d’une certaine manière dans les temps de crise, et réagir de façon disproportionnée aux événements.
C’est pour cette raison qu’il me paraît important de vous montrer qu’il y a un juste milieu à garder en face de cette pandémie, et quand je dis « juste milieu », cela signifie en fait un « sommet ». Il faut prendre de la hauteur ! Pourquoi ?
Car nous serions peut-être tentés de penser que toute cette excitation autour du coronavirus est exagérée, qu’il ne s’agit que d’une simple grippe comme toutes les autres, qu’il n’y a pas de danger, que la prière suffit pour ne pas l’attraper, que de mettre en place tous ces moyens de protection est un manque de foi ou que sais-je encore ? Mais c’est faux ! Songez par exemple que deux des enfants de Fatima, François et Jacinthe, sont morts de la grippe espagnole. Il faut donc regarder la réalité en face : ce virus a une plus grande mortalité que la grippe saisonnière, il touche une tranche de la population qui est plus faible, surtout les personnes âgées et les malades, tandis que les enfants n’en souffrent pas spécialement, et la contagion est beaucoup plus grande que celle de la grippe habituelle. Nos autorités civiles ont donc raison de faire ce qui leur appartient : protéger les plus faibles.
Mais nous pourrions tomber dans l’excès inverse et exagérer les dangers de la contagion, sombrer dans une sorte de panique, nous cloîtrer à la maison et finalement oublier que nous sommes dans les mains de Dieu, oublier la si belle vertu d’espérance. Les paroles du Christ sont tellement vraies quand il dit : « Pas un seul cheveu de votre tête ne périra », ou lorsqu’il console ses Apôtres à quelques instants de sa Passion en leur disant : « N’ayez pas peur petit troupeau ! »
En fait, notre attitude doit tout simplement rejoindre la hauteur de vue de Notre-Seigneur, comme lorsqu’il a dit aux Pharisiens : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu. »
Nos autorités nous prescrivent des mesures inédites et draconiennes dont les retombées se font sentir même sur nos pratiques religieuses. Dans leur ordre, elles ne font rien d’autre que veiller sur le bien commun de la société qui est confiée à leur autorité. A l’époque de la grippe espagnole, en 1918, les autorités de Porrentruy avaient décrété que « les services divins et les réunions religieuses ne pourront plus être célébrés qu’en plein air et loin des quartiers bâtis ; que les enterrements auront lieu sans suite. Seuls les proches parents peuvent y prendre part. » Ce n’est donc pas nouveau et il ne faut supposer une quelconque persécution sourde contre l’Eglise. Nous suivrons donc nos autorités dans leurs décisions. « Rendons à César ce qui lui appartient… »
Mais nous voulons bien davantage rendre à Dieu ce qui Lui revient.

Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu

A l’heure actuelle personne ne sait combien de temps cette situation va durer et il n’est pas impossible que les mesures des gouvernements se durcissent ou durent plus longtemps. Par la grâce de Dieu, nous pouvons encore vous accueillir en nos églises, mais un temps pourrait bien venir où nous serions contraints, bien malgré nous, de ne plus pouvoir célébrer des messes publiques. Prions pour que le bon Dieu nous épargne cette épreuve !
Mais quoi qu’il arrive, ne trouvons-nous pas tout notre réconfort et toute notre espérance, en même que notre force malgré notre faiblesse, dans cette parole de saint Paul : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » ?
C’est pourquoi nous vous encourageons de tout notre cœur à vous saisir de l’instrument donné par Notre-Dame pour nous attacher à son Fils, le saint rosaire. Récitez-le avec plus de ferveur soit en famille, soit en particulier ; mettez-y plus d’attention, plus de cœur à contempler les mystères de Jésus, à L’aimer avec Marie, par Marie. Tant de victoires ont été obtenues par le Rosaire ! Elle est notre Mère si aimante. Elle est la « toute-puissance suppliante ». Allons à Elle, et nul doute qu’elle nous soutiendra quoi qu’il arrive : si nous gardons la santé, pour pratiquer mieux la charité ; si nous tombons malades pour être avec elle au pied de la Croix et prier pour les pauvres pécheurs.
Sursum corda – Haut les cœurs !

abbé Pascal Schreiber
Supérieur du District de Suisse