Lettre circulaire aux fidèles de Suisse

Bien chers fidèles,

Durant la Semaine sainte de cette année, Paris, la France, oui toute l’Europe même a retenu son souffle : dans la capitale française, la cathédrale Notre-Dame est en flammes.

Un grand nombre de gens – croyants ou incroyants – ont été profondément bouleversés. Pourquoi à la vue d’une église qui brûle, des hommes, qui depuis longtemps avaient tourné le dos aux valeurs chrétiennes, pleuraient-ils ? Voyaient-ils réellement dans la cathédrale de Paris l’église vouée au culte catholique, ou n’était-ce pour eux que le symbole d’une grande nation de culture, la France, en train de s’effondrer ? Je n’arrive pas vraiment à trouver des motivations chrétiennes à toutes les personnes affligées.

Mais c’est ainsi qu’elle apparaît maintenant, Notre-Dame de Paris : les blocs de pierre sont encore debout les uns sur les autres, mais la structure de bois a été la proie des flammes. L’état de Notre-Dame après la catastrophe n’est-il pas une image des pays européens de notre temps ? Pendant les dernières décennies, la foi et les mœurs ne se sont-elles pas écroulées dans nos populations comme la charpente de l’église sur l’île de la Cité ? Ne reste-t-il pas chez bien des gens qu’une carcasse vide ? Et par quoi les hommes ont-ils rempli le vide ainsi créé ? Le développement personnel, la fortune, le fitness et la sensualité ne sont que des slogans grâce auxquels l’homme du XXIe siècle espère se réaliser.

L’incendie de cette église est-il une punition de Dieu, comme le prétendent certains ? C’est toujours très risqué de juger de choses que Dieu seul connaît. Nous ne pouvons donc pas parler avec certitude d’un jugement de Dieu. Mais nous ne pouvons pas non plus prétendre avec assurance qu’il est impossible que les flammes de Notre-Dame soient une punition divine.

Aussi funeste que soit cette catastrophe au vu de l’actualité, l’endroit du désastre a déjà subi bien pire au cours des siècles : pendant la Révolution française des cultes sacrilèges à la déesse Raison eurent lieu dans la cathédrale Notre-Dame ainsi que dans d’autres églises de Paris et de province. Les lieux saints ont ainsi été profanés. Même si l’homme d’aujourd’hui ne le comprend pas : ces événements sont, d’un point de vue objectif, bien plus graves car ils offensent Dieu.

Un lecteur du Rocher m’a fait parvenir les deux photos très révélatrices reproduites ci-contre. Celle du dessus montre le chœur de la cathédrale avant l’effondrement et celle du bas après. Dans l’arrière-plan on voit le maître-autel qui a résisté à la catastrophe et est resté intact, alors que la table installée pour la nouvelle messe a été entièrement détruite par la chute des poutres. Si l’on réfléchit au fait que la nouvelle messe a été promulguée durant la Semaine sainte de l’année 1969 et que, exactement 50 ans plus tard, aussi pendant la Semaine sainte, l’autel moderne a été écrasé par la chute des poutres, le sang se glace dans les veines !

Faut-il reconstruire la cathédrale Notre-Dame ? Je serais le dernier à m’y opposer. Mais la reconstruction d’une société chrétienne est bien plus importante encore que la reconstruction de l’édifice. A quoi servirait-il que Notre-Dame resplendisse d’un nouvel éclat si les hommes continuent sur la voie de l’indifférence et s’éloignent de Dieu ? Lorsque la foi catholique gouvernera la vie quotidienne des hommes, de belles églises se dresseront d’elles-mêmes à nouveau, pas seulement à Paris mais dans toute la chrétienté.

Abbé Pascal Schreiber