Lettre circulaire aux fidèles de Suisse – Juin-Juillet 2019

Bien chers fidèles,

Monsieur Printemps ne peut plus se promener en montagne ni bien sûr skier à cause d’un accident de ski, ce qui lui est très pénible.

Madame Eté est en burn-out depuis deux ans. Elle doit renoncer désormais à tout travail fatigant.

Monsieur Automne souffre de dépression lorsqu’en automne les feuilles tombent des arbres. Il a donc bien du mal dans la vie quotidienne.

Madame Hiver était autrefois une grande violoniste. Son morceau préféré était les « Quatre Saisons » de Vivaldi pour orchestre. Hélas elle a maintenant de l’arthrose et doit renoncer à jouer du violon. Il lui reste heureusement les enregistrements sur CD qu’elle peut encore écouter.

Peut-être vous reconnaissez-vous dans un de ces schémas ? Plus vraisemblablement encore, vous souffrez d’une quelconque façon physiquement ou spirituellement, soit d’infirmité physique, d’incapacité psychique, de sensualité, de crises de colère, d’irritabilité, soit d’une autre faiblesse. C’est pourquoi nous voulons aborder ensemble ce thème : comment gérer nos limites dans la vie, avec les faiblesses qui nous entravent psychiquement ou physiquement ? Je pars du principe qu’il en va ici de nous-mêmes et non des limites et faiblesses des autres. 

Il faut d’abord être conscient que ces limites et faiblesses sont une conséquence du péché originel. Bien sûr, le baptême efface le péché originel, mais ses conséquences existent toujours. Notre corps est fragile et soumis aux faiblesses. Tous les hommes ont à combattre des difficultés dans leur vie. Les saints eux-mêmes ne font ni ne faisaient pas exception.

L’apôtre saint Paul revient toujours sur ce thème dans sa deuxième épître aux Corinthiens où il décrit comment venir à bout de ces difficultés. C’est le bouleversant témoignage d’un apôtre qui prend soin de sa communauté et combat pour elle. Il évoque au début de sa lettre avec quelle intensité les difficultés affrontées l’ont perturbé. Dans le même temps, le cœur de l’apôtre des nations est débordant de reconnaissance pour l’aide reçue de Dieu : « Nous ne voulons pas, en effet, vous laisser ignorer, frères, au sujet de la tribulation qui nous est survenue en Asie, que nous avons été accablés au-delà de toute mesure, au-delà de nos forces, à tel point que nous désespérions même de la vie; mais nous avions en nous-mêmes l’arrêt de notre mort afin de ne pas mettre notre confiance en nous-mêmes, mais de la mettre en Dieu qui ressuscite les morts. » 

Dans le quatrième chapitre, saint Paul reprend la même idée et parle de la faiblesse humaine qui s’appuie avec confiance sur l’aide de Dieu et sur sa clémence : « Mais nous portons ce trésor dans des vases de terre, afin qu’il paraisse que cette souveraine puissance vient de Dieu et non pas de nous. Nous sommes opprimés de toute manière, mais non écrasés ; dans la détresse, mais non dans le désespoir ; persécutés, mais non délaissés ; abattus, mais non perdus. »  L’apôtre expérimente d’une part l’imperfection humaine et d’autre part l’action puissante de Dieu – et cela sans cesse une vie durant.

Dans le douzième chapitre, vers la fin de la lettre, l’apôtre écrit encore qu’il porte une épine plantée dans sa chair, pour qu’il ne devienne pas présomptueux. Dieu ne veut pas ôter cette écharde, au contraire il lui dit : « Ma grâce te suffit car c’est dans la faiblesse que ma puissance se montre tout entière. »  Plus saint Paul paraît faible, plus l’action de Dieu est mise en valeur. C’est pourquoi l’apôtre va plus loin dans le verset suivant au point de se « plaire dans les faiblesses, dans les opprobres, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses pour le Christ ». Et il ajoute : « car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». Oui, le secret de sa force, et cette force de saint Paul est un mystère, se trouve dans la grâce de Dieu.

Nous sommes souvent tentés de ne pas reconnaître nos faiblesses et nos limites, mais nous ne pouvons pas échapper à cette réalité. Il n’y a pas de vie chrétienne sans croix. Naturellement nous devons espérer un miracle de guérison, de délivrance de nos infirmités. Le bon Dieu ne cesse de montrer son éternelle puissance dans de nombreux lieux de pèlerinage et vient en aide aux hommes. Mais il y a de nombreuses personnes gravement malades qui, par exemple, vont à Lourdes et en reviennent tout aussi gravement malades. Il n’y a pas eu de guérison. Le miracle n’a pas eu lieu. Ou si ?

Les miracles doivent-ils toujours être visibles et mesurables ? Ne parle-t-on pas parfois de petit miracle lorsque quelqu’un n’est pas aigri par la maladie ? Ou lorsque la personne concernée commence même à accepter ses souffrances et infirmités et à les supporter avec patience ? N’est-ce pas un miracle de la grâce qu’un catholique marche sur les traces de saint Paul et se réjouisse de ses propres faiblesses ?

Peut-être avez-vous déjà entendu parler du frère André de Montréal (1845-1937). On lui attribue 125’000 guérisons. Pas de miracle (!) qu’il ait reçu à la fin de sa vie 80’000 lettres de sollicitation par an et qu’un million de personnes aient défilé devant son cercueil.

Le frère André recommandait aux fidèles la dévotion à saint Joseph et une confiance inébranlable dans le père nourricier de Jésus. On lui posa un jour la question de savoir pourquoi certains étaient guéris tout de suite tandis que d’autres devaient attendre longtemps. Le frère André l’expliqua ainsi : « Ceux qui sont immédiatement exaucés n’ont pas la foi. Ils ont besoin de quelque chose de spectaculaire pour se convertir. Mais ceux qui ont la foi doivent souvent attendre que le bon Dieu les éprouve, afin d’acquérir plus de mérites. » Le propre cousin du frère était aveugle, il ne fut jamais guéri. Le frère André lui dit : « Tu as la foi, tu peux supporter l’épreuve pour te sanctifier. »

Quand nous nous heurtons à nos limites, quand Dieu permet les croix dans notre vie, nous savons qu’il veut nous amener à quelque chose de plus élevé, de meilleur. « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » nous déclare encore l’apôtre Paul.  Nous ne devons jamais nous laisser décourager par nos faiblesses, mais recourir plus encore au Sauveur qui nos invite : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et je vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug, et recevez mes leçons, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est doux et mon fardeau léger. » 

La vertu d’indifférence nous montre peut-être le chemin de la sainteté et nous aide à surmonter toutes les difficultés et les faiblesses. Saint Ignace de Loyola insiste dans ses Exercices sur l’acquisition de cette vertu. La prière ci-dessous résume sa doctrine de façon saisissante et doit nous donner un bon coup de pouce : « Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j’ai, tout ce que je possède. Vous m’avez tout donné : je vous rends tout, Seigneur. Tout est à vous, disposez-en selon votre bon plaisir. Donnez-moi seulement ce qui me suffit : votre amour et votre grâce ! Ainsi soit-il. »

Abbé Pascal Schreiber