Journal de route du District de Suisse • Mars – Mai 2019

14 Août, 2019
Provenance: FSSPX Spirituality

28 au 31 mars 2019

Visite canonique attendue à Oberriet. Il faut y passer, et ce n’est pas grave dit le prieur en rigolant.

A mon arrivée, je suis accueilli avec des fleurs fraîchement cueillies par les enfants qui se trouvent en cour de récréation et quand je leur dis au revoir, ils se précipitent vers moi avec de jolis dessins. Un témoignage de la joie enfantine et de la naturelle interaction des enfants avec les prêtres et les sœurs.

Sinon pas de mystère. Après tant de visites canoniques je ne vais pas inutilement allonger ma chronique. A Oberriet tous les signaux sont au vert.

• 8 au 12 avril 2019

L’abbé Philippe Lovey, sur proposition de ses supérieurs, s’est rendu durant toute une semaine dans la ville fédérale, Berne, pour y participer à un cours de base sur la science de l’archivistique. Un retour sur les bancs d’école, en somme ! L’association suisse des archivistes (AAS) organise en effet cette session pour permettre aux débutants de prendre connaissance des différents métiers et des compétences diverses, nécessaires au travail d’un archiviste. Les cours très variés, allant du fondement de l’archivistique au « records management », autrement dit à la gestion documentaire, en passant par les notions de droit qui régissent le monde des archives, sans oublier les concepts de base de l’archivage électronique, ont permis aux participants de mieux cerner l’étendue de ce métier. Par ailleurs, les organisateurs n’ont pas voulu se cantonner dans le monde théorique, mais pour ceux qui le désiraient – et presque tous les inscrits en ont profité – il y avait la possibilité de découvrir les archives de l’état de Berne et de visiter la Burgerbibliothek (Bibliothèque de la bourgeoisie de Berne). Que de trésors classés dans les antres de ces immenses dépôts. Les archives de Berne ne recèlent pas moins de 27’000 mètres linéaires d’archives ! La plupart des cours de plusieurs heures chacun étaient de grandes qualités. Et finalement, le plus frappant, c’est de voir que le monde de l’archivistique garde jalousement pour principe la conservation des documents dans le meilleur état possible tout en voulant en assurer la communicabilité. Un défi qu’en d’autres termes et dans un autre domaine on pourrait appeler “tradition” : « J’ai transmis ce que j’ai reçu » ! A la fin de la semaine, riche de contacts avec des archivistes patentés et bardé d’un diplôme… de présence au cours, notre confrère s’est mieux rendu compte de l’étendue du travail à entreprendre pour le district, même si les mètres linéaires ne se comptent pas par milliers.

12 avril 2019

Avant de me rendre à Genève pour la visite canonique, j’ai la joie d’entendre une conférence de Stéphane Mercier au prieuré d’Enney. Ce très engagé défenseur du droit à la vie, qui bénéficie par ailleurs d’une solide formation philosophique, captive ses auditeurs par ses considérations sur la rhétorique. Il prodigue d’intéressants conseils sur la manière de traiter les ennemis du droit à la vie. Vraiment, un brillant orateur qui sait comment maintenir vive l’attention de son auditoire. 

13 au 16 avril 2019

Les élèves de l’école Saint-François de Sales d’Onex (Genève) préparent un joli cadeau de Pâques pour les prêtres du prieuré : des ornements sacerdotaux en miniature fabriqués par eux-mêmes. Comme je passe quelques jours à Genève à l’occasion de la visite canonique, je suis aussi compris dans la distribution.

Mais il faut d’abord vivre la Semaine Sainte qui commence par la bénédiction des rameaux. Le code des rubriques prévoit la possibilité que les rameaux ne soient pas distribués, mais tenus dans les mains des fidèles dès le début de la cérémonie. Après la prière de bénédiction, le prêtre parcourt les rangées, en aspergeant les rameaux d’eau bénite, puis en les encensant. Une cérémonie impressionnante que je n’avais jamais vécue auparavant !

Je saisis aussi cette occasion pour annoncer les nouvelles nominations. L’abbé Jean-François Mouroux quittera le district cet été pour le Brésil. L’abbé Jean de Loÿe reprendra le flambeau en tant que nouveau prieur. C’est avec tristesse mais avec un esprit surnaturel que les fidèles apprennent ce changement, signe que le prieur sortant a laissé une empreinte très positive !

Il n’existe pas de règles universelles en ce qui concerne les nominations dans la Fraternité. Mais l’expérience démontre que très souvent, lorsqu’un prêtre a terminé un projet, il s’en va pour d’autres horizons. L’abbé de Loÿe constitue une exception inhabituelle, puisqu’il part pendant un grand projet et avant même le début de la réalisation. Disons-le ouvertement, sans l’initiative de ce prêtre zélé, il n’y aurait pas de prieuré à Essertes et les Dominicaines de Fanjeaux n’auraient jamais su qu’elles étaient attendues en Suisse avec impatience. « Autre est celui qui sème, et autre celui qui moissonne » nous dit l’Evangile (Jean 4:37).

J’aimerais aussi remercier ici et féliciter les fidèles de Genève pour leur énergique participation à la récolte de signatures pour le référendum contre la loi sur la censure. 150 heures d’investissements individuels ont permis de rassembler entre 800 et 1000 signatures.

Ici une anecdote intitulée « La dame aux chocolats » de la plume de l’abbé Thibault de Maillard, responsable de l’organisation de la collecte des signatures : la première dame à signer le référendum, d’origine bosniaque, fut tellement enchantée par notre action, notre engagement dans ce difficile combat qu’elle revint sur ses pas et nous offrit la boîte de chocolats qu’elle destinait à la secrétaire de son médecin chez qui elle avait rendez-vous.

16 au 20 avril 2019

Pendant que le monde entier parle de Notre-Dame de Paris, je roule en direction de Notre-Dame de France ! Ce n’est pas une cathédrale, mais une école de religieuses dominicaines de Brignoles, très proche de la maison de retraite du Pointet.

J’ai le privilège de prêcher une retraite aux écolières (et aux sœurs), de confesser et de célébrer les différentes cérémonies. Avec les sœurs et les filles, je chante les matines, les laudes, les vêpres et les complies.

Aux matines, quelques filles spécialement désignées ont le grand honneur d’effectuer une lecture, un ministère que seuls les candidats à la prêtrise sont autorisés à exercer au séminaire à compter du moment où ils ont reçu l’ordre mineur de lecteur. Les monastères de moniales et les écoles de filles doivent avoir des règles différentes !

Bien que le prieuré du Pointet et l’école des Dominicaines ne soient éloignés que de 670 m, la liturgie du Jeudi Saint est célébrée dans les deux maisons. Je ne me souviens pas d’avoir vu autant de monde dans une église pour la messe de la Sainte Cène au cours de laquelle j’ai distribué certainement plus de 150 communions.

23 avril 2019

Aujourd’hui, l’enterrement de Franz Jakober à Glaris. L’abbé Pirmin Suter qui connaissait déjà le défunt à la chapelle d’Amden (chapelle qui a précédé celle d’Uznach) alors qu’il était encore un petit garçon, célèbre l’enterrement. Présente, Silvia Jakober, l’épouse du défunt a exercé les fonctions d’inspectrice interne pendant plus de dix ans dans nos pensionnats de Wil, Mels et Wangs. Difficile tâche que Mme Jakober a maîtrisée avec brio. Prions pour le repos de l’âme du défunt.

28 avril 2019

En ce premier dimanche après Pâques à Göffingen, trois sœurs prononcent leurs vœux perpétuels dont une Suissesse, Sr Marie-Patrice Conus, et trois autres troquent leur voile blanc contre un voile noir, ce qui signifie les premiers engagements de leur profession religieuse. Dans son bulletin paroissial du mois de mai, l’abbé Stefan Pfluger relève que ces six sœurs ont un lien avec « son » prieuré.

Et puisque nous parlons de Wil, mentionnons l’abbé Firmin Udressy qui célèbra la messe solennelle à Göffingen. C'est à double titre qu'il est concerné par le prieuré de Wil puisqu'il y débuta son ministère sacerdotal et qu'il y retourne maintenant en tant que prieur.

Le même jour, deux autres sœurs prononcent leurs vœux perpétuels à Ruffec (en France) : Sr Franziska Maria Richter, d’origine allemande, et la Suissesse Sr Maria Bonaventura Suter. Etes-vous étonnés que les deux religieuses aient aussi travaillé à Wil dans le passé ? Au nom des prêtres, des fidèles, des parents et des élèves, j’exprime toute ma reconnaissance aux sœurs de la Fraternité pour le précieux travail qu’elles accomplissent quotidiennement dans nos prieurés et nos écoles. Par leurs sacrifices, leurs prières et leur exemple, elles font un bien incroyable. Impossible d’imaginer certains de nos prieurés sans les sœurs.

4 mai 2019

Dans une communication aux membres de la Fraternité Saint-Pie X du 10 mars 2019, le Supérieur général, Don Davide Pagliarani, écrivait les lignes suivantes : « Je laisse chacun d’entre vous organiser des prières et des pèlerinages pour les vocations, dans toutes les communautés dont vous êtes responsables ou dans lesquelles vous œuvrez. […] Les fidèles sont particulièrement sensibles et généreux lorsque nous leur demandons de prier pour les vocations. »

Aujourd’hui, 190 pèlerins pérégrinent d’Oensingen à Wolfwil, un pèlerinage qui se déroule depuis des années exactement dans l’esprit décrit ci-dessus. Si la date est toujours la même (samedi avant le dimanche du Bon Pasteur), le lieu du pèlerinage change à chaque fois.

Saint Pierre a pitié des pèlerins de toute la Suisse alémanique qui ne se laissent pas décourager par les prévisions météorologiques médiocres. Ils se dirigent courageusement vers le sanctuaire marial malgré les sombres nuages qui encombrent le ciel mais qui ne se déchargent que faiblement sur les pèlerins.

A relever avec un plaisir particulier la présence de notre Supérieur général qui non seulement invite à prier pour les vocations, mais qui donne aussi le bon exemple.

11 mai 2019

Une semaine plus tard, c’est le pèlerinage pour les vocations des Suisses romands qui se déroule d’Ecône à Vérolliez. Le nombre réduit de participants par rapport à l’année dernière peut être attribué au froid, au vent et à la pluie. Je suis particulièrement impressionné par la forte représentation de la direction et du personnel de notre école "Fleurs de Mai", ainsi que par les nombreux enfants qui, malgré leur jeune âge et les mauvaises conditions météorologiques se lancent courageusement dans la marche. Je suis persuadé qu’avec plus d’une centaine d’élèves, l’école est un atout indéniable pour l’éveil des vocations en Valais. De l’avis de don Bosco un enfant sur trois peut être concerné par une vocation religieuse.

Il y a donc un grand potentiel d’espoir dans cette institution. Le ciel récompensera par ses bénédictions le bon exemple du personnel.

Pendant que je suis en train d’écrire cette chronique, je reçois le bulletin d’information et de soutien de l’école Fleurs de Mai. Je voudrais partager avec vous les quelques lignes suivantes de la plume de Dominique Carron et qui pourraient s’appliquer à toutes les écoles de la Fraternité :

« Fleurs de Mai n’est pas une école comme les autres, à laquelle il suffirait d’ajouter “une dose de religion” pour en assurer l’authenticité. Elle est réellement et résolument orientée dans une autre perspective, que je ne vous ferai pas l’injure de rappeler. Si nous continuons vaille que vaille à en assurer l’existence, c’est bien parce que nous sommes convaincus qu’au-delà de nos personnes, de nos programmes, de nos méthodologies, de nos règlements, bref de notre petite histoire horizontale, notre idéal est magnifique. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire d’un point de vue extérieur, notre école est toujours fragile, toujours en “état d’urgence”, toujours à renouveler… Les sacrifices ne sont pas moindres aujourd’hui qu’au début, et si les apparences sont “plus sauvées” qu’à l’époque où nous faisions classe dans des garages ou des appartements de fortune, rien n’a tellement changé ! »

Malheureusement, le pèlerinage des vocations d’Ecône à Saint-Maurice n’a pas encore pris racine dans l’esprit de tous les fidèles de la Suisse romande. Je rêve encore que dans un proche avenir de nombreux pèlerins de tous les cantons romands participeront à l’événement. Parce que les vocations sont nécessaires partout.

16 au 19 mai 2019

La dernière visite canonique de cette année m’amène à Enney.

En chemin, je m’arrête à Fribourg, berceau de la Fraternité où, il y a cinquante ans, les premiers séminaristes s’étaient réunis autour de Mgr Marcel Lefebvre et avaient commencé leurs études à l’université de Fribourg.

Bien que la Fraternité Saint-Pie X ne fût fondée qu’un an plus tard, à savoir le 1er novembre 1970, l’abbé Thibaud Favre souhaite fêter cette année les premiers pas de notre famille religieuse.

Par conséquent, le 5 octobre 2019, une procession d’action de grâce se déroulera du sanctuaire Notre-Dame de Bourguillon (départ 9h30) jusqu’à l’église Saint-Maurice, en basse-ville de Fribourg où sera célébrée une messe pontificale (à 10h30). 

Ma visite canonique me conduit également à Im Fang et à Granges-Paccot. Le thème du sermon que j’adresse aux fidèles représentant trois générations s’intitule « La tradition n’est pas la conservation des cendres, mais la propagation du feu. »

La vieille garde a rempli sa mission ; la transmission de la foi s’est souvent révélée difficile, a nécessité des luttes épiques et n’a pas toujours été couronnée de succès. La génération médiane ce sont les adultes d’aujourd’hui. Ils n’ont pas encore le droit de se reposer sur leurs lauriers. L’espoir repose sur la génération la plus jeune. Elle devrait choisir volontairement la tradition et être prête à s’enflammer au feu de la vérité et à le transmettre.

Après la messe, je rencontre le groupe KJB de Granges-Paccot, une équipe harmonieuse et enthousiaste. Il semble que le feu dont nous venons de parler a déjà été transmis à ces jeunes, ce qui est source de joie et de réconfort.

3 et 4 juin 2019

A la fête de l’Ascension, nous entendons, dans la lecture des Actes des Apôtres, que Jésus dit à ses disciples d’être ses témoins jusqu’aux confins du monde. « Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1:8).

Quatre jours plus tard, à l’occasion de la sortie annuelle des prêtres, je conduis mes confrères au "bout du monde". (Si vous ne le croyez pas, allez voir au-dessus de Macolin BE.)

Programme du premier jour, une promenade d’Erlach à l’île Saint-Pierre. A l’origine, il y avait deux îles. Lors de la correction des eaux du Jura en 1878 et la construction de deux canaux conduisant une partie de l’Aar dans le lac de Bienne, le niveau du lac a baissé de 2,20 m. Depuis lors, les deux îles sont reliées au rivage par un promontoire marécageux et sont devenues une seule presqu’île.

Le deuxième jour, nous attaquons le Chasseral, montagne classée « trois étoiles » dans le guide vert Michelin - Suisse. De là, une vue panoramique unique sur le nord du Jura, les Vosges, la Forêt-Noire et les Alpes. Par temps clair, le panorama s’étend sur plus de 250 kilomètres et offre aux randonneurs une vue sur les principaux sommets des Alpes bernoises et valaisannes, ainsi que sur le massif du Mont-Blanc.

L’excellente cuisine mérite même cinq étoiles. Un grand merci à notre cuisinier, Dionys Fallegger, qui nous a accompagnés jusqu’au « bout du monde » ! p.s.