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50e anniversaire de l'achat d'Ecône

06 Juin, 2018
Ecône le 31 mai 2018

Exactement 50 ans après l'achat d'Ecône par cinq laïcs, Mgr Bernard Fellay a célébré la Fête-Dieu à Ecône.

Le 31 mai 1968, cinq amis acquéraient le domaine d'Ecône pour « éviter l’implantation d’un centre d’attraction nocturne et faire en sorte qu’Ecône demeure un lieu spirituel… »

Exactement 50 ans plus tard, tandis que tous les acheteurs de l'époque sont entrés dans l'éternité, Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, a célébré la Fête-Dieu à Ecône.

Rappelons la petite histoire de ce "mai 68" de la Tradition.

Ecône en 1968 et en 1998

Le 31 mai 1968, en la fête de Marie-Reine, était signé l'acte d'achat du « domaine de la ferme d’Écône » par Messieurs Gratien Rausis, Roger Lovey, Guy Genoud, Alphonse et Marcel Pedroni. Ecône, qui avait tour à tour servi dans les dernières décennies d’école d’agriculture et de réunion, et qui n'avait pour tout revenu que quelques veaux, un poulailler et des vignes, allait être racheté in extremis.

Ce jour-là est le jeudi saint 11 avril 1968, M. Alphonse Pedroni, entrepreneur à Saxon, se trouve par un hasard fortuit dans un café de cette localité. Un homme passablement éméché est en train de parler fort. Il se vante de pouvoir prochaine­ment dynamiter la chapelle d’Ecône !

M. Pedroni dresse l’oreille car le seul fait d’imaginer un acte aussi stupide paraît inconcevable et criminel au catholique fervent qu’il est. Feignant l’intérêt, M. Pedroni interroge habi­lement l’individu.

Ecône est à vendre ?

C’est alors que ce brave homme apprend que des pourpar­lers, en vue de la vente du domaine d’Ecône, sont largement avancés et que la conclusion en semble imminente.

Alphonse Pedroni est profondément choqué par ce qu’il vient d’apprendre, car de surplus l’acquéreur éventuel se pro­pose de transformer la respectable demeure religieuse en un cen­tre de loisirs. « Un centre de loisirs qui sera bientôt un centre de débauche », pense M. Pedroni qui ne perd pas pour autant son sang froid en se disant : « Puisque le domaine est à vendre, il faut l’acheter ! »

Sans tarder, l’entrepreneur se met en rapport avec son frère Marcel à qui il raconte la nouvelle et qui superbement lui rétor­que : « Quand achetons-nous Ecône ? » Les deux frères joignent aussitôt quelques amis et dans l’heure suivante ils étaient quatre avec M. Gratien Rausis et Maî­tre Roger Lovey, Procureur général du Bas Valais et cousin du prévôt du Grand Saint-Bernard.

Ainsi en quelques heures quatre personnes de bonne volonté s’étaient mobilisées pour sauver Ecône. Leur première démar­che fut d’obtenir un rendez-vous. Le cousinage des Lovey en facilita la promptitude, car dès le lendemain une entrevue était accordée.

Ayant eu la confirmation des pourparlers engagés, les qua­tre amis souhaitaient obtenir du prévôt un délai pour se mettre en rapport avec d’autres personnes de leurs relations afin de fonder une société capable de réunir des capitaux.

Hélas, sa réponse ne leur laissait que peu de chance. Il lui était impossible d’accorder ce délai de grâce, pris qu’il était par ses engagements. Tout au moins leur laissait-il jusqu’au 18 avril à 18 heures, au plus tard, pour faire une offre, leur indi­quant cependant un ordre de grandeur des propositions concurrentes.

Le chapitre devait se réunir le vendredi suivant pour pren­dre la décision finale.

Ecône a une vocation religieuse !

Et voilà les quatre sauveteurs du domaine, mus par la Pro­vidence, qui, malgré les fêtes pascales, tentent de plaider leur cause auprès de parents, d’amis et connaissances.

Tous se dérobèrent sauf un : M. Guy Genoud. Mais c’était une recrue d’importance puisqu’il était alors directeur d’une compagnie de chemins de fer régionaux et que, l’année d’après, il fut élu membre du gouvernement valaisan.

Dans l’espoir d’un appui supplémentaire et surtout par res­pect, ils avisèrent Mgr François Nestor Adam, évêque de Sion pour lui communiquer leur ferme intention de racheter le domaine d’Ecône.

Le 18 avril, dans le délai imparti, ils remirent, par écrit, directement au prévôt du Grand Saint Bernard, une offre expli­quant clairement leurs raisons et leur but :

« Les motifs qui nous guident, y avaient-ils notamment écrit, et que nous nous per­mettons de bien préciser, sont étrangers à tous desseins spécu­latifs. Ecône, de par son passé, a pour nous une signification, nous dirions même une vocation religieuse, que nous n'accep­tons pas de voir abandonnée sans un plus ample examen.

« Nous savons que, sur le plan agricole, l’affaire n’est pas, en l’état actuel, très rentable. Nous sommes dès lors persuadés que les personnes ou groupements de personnes intéressés par l’achat, aujourd’hui ou demain ne pourront donner à Ecône qu’une autre affectation, s’ils veulent, ce dont il ne faut pas douter, en faire une affaire financière intéressante. Nous pensons notam­ment que le lieu se prêterait admirablement à la création de motels, restaurants, campings, voire dancing. Le lieu en est pri­vilégié parce qu’il est géographiquement bien centré, tout en étant à l’écart des agglomérations. Des gens réalistes savent ce que cela peut impliquer et particulièrement les pères de famille que nous sommes.

« Notre décision est donc commandée unique­ment par un double souci : d’une part éviter l’implantation d’un centre d’attraction nocturne et, d’autre part, autant qu’il dépen­dra de nous, faire en sorte qu’Ecône demeure un lieu spirituel... »

Cette offre présentait l’originalité de ne pas avancer de prix pour une double raison : ne pas être évincé à la dernière minute par une offre supérieure, mais également de ne pas proposer plus que nécessaire. Simplement ils se déclaraient prêts à verser immédiatement une somme de l’ordre de 100 à 150'000 Fr. suisses. Ils avaient toutefois demandé oralement à Mgr Angelin Lovey que le domaine leur soit adjugé au prix de la plus haute offre faite par écrit.

Ils furent convoqués le 19 avril 1968 à la maison de la pré­vôté du Grand Saint-Bernard de Martigny. Ils pensèrent que le flou de leur proposition avait proba­blement amené le chapitre à demander un supplément d’information.

A 11h45, le prieur du Grand Saint-Bernard vint leur annoncer que le domaine d’Ecône leur était vendu ! Le chapi­tre, conscient des buts poursuivis, leur avait accordé la priorité. Le prix avait été fixé à 410'000 Fr. suisses dont 150'000 à ver­ser au moment de l’acte de vente. Une convention serait signée pour le règlement du solde avec échelonnement des paiements.

Visite des lieux

Alors seulement les nouveaux propriétaires partirent visi­ter les lieux… Ainsi ces cinq laïcs, au moment où ils avaient décidé de racheter la propriété et où ils cherchaient les sommes impor­tantes nécessaires, ne connaissaient même pas les surfaces, les limites, l’état des bâtiments… Si besoin était, cette simple raison servirait à démontrer le désintéressement et les motivations sincères de leur démarche.

La signature de l’acte proprement dit eut lieu le 31 mai 1968 en la fête de Marie-Reine qui fut choisie comme sainte Patronne par les nouveaux propriétaires. Cependant le vieux vocable de Notre-Dame des Champs choisi par les chanoines au moment de la création de l’école ne fut pas oublié - la société fondée pour l’achat et la sauvegarde d’Ecône était déclarée sous le nom suivant : « Rausis et Cie, Notre-Dame des Champs, siège social à Ecône ».

Ainsi, et cela au risque de se répéter, on peut dire qu’en ce jour de grâce du 31 mai de l'an 1968 de l’Incarnation, cinq laïcs : MM. Alphonse Pedroni, Marcel Pedroni, Gratien Rausis, Guy Genoud et Maître Roger Lovey, sauvèrent la vocation religieuse d’Ecône.

Naturellement, ils rendirent visite à Mgr François Nestor Adam pour lui faire connaître leurs intentions : refaire du domaine d’Ecône, un centre religieux. Celui-ci les remercia de leur désintéressement mais marqua son scepticisme pour cette renaissance. La crise traversée par l’Eglise, la rareté des vocations religieuses dans les ordres lui semblaient des facteurs peu encourageants. (…)

Mais le travail des cinq sauveteurs n’était pas encore terminé. Ils devaient maintenant trouver la communauté reli­gieuse qui accepterait de venir à Ecône.

Les carmélites de Montélimar, en France, devant quitter leur ville furent les premières à se manifester. Mais la maison cons­truite sur plusieurs étages leur parut inconfortable, surtout en raison des difficultés que pourraient y rencontrer les sœurs âgées ou infirmes pour s’y déplacer.

Dans sa lettre de renoncement, la Mère Supérieure devait écrire : « Vous dire à quel point nous sommes peinées de vous faire part de cela est impossible. Nous souhaitons qu’un jour vous puissiez trouver une communauté plus active ».

Après l’échec de cette première tractation, ils entrèrent en relation avec la Mère Supérieure du couvent des Ursulines de Sion. Ces dernières s’étaient jusqu’alors principalement occu­pé d’écoles ménagères. Mais celles-ci disparaissant, elles avaient décidé de diversifier leur apostolat en s’orientant vers l’enfance handicapée et les vieillards.

Les propriétaires d’Ecône se dirent alors, qu’à défaut d’une fin strictement religieuse, le domaine pourrait infléchir sa vocation et être mis au service d’œuvres sociales, encadrées par des sœurs.

Vivement intéressée, la Mère Supérieure avait déjà pris date pour visiter les lieux. La veille au soir, ce rendez-vous fut annulé : la Mère Supé­rieure s’était cassée la jambe dans un escalier ! Ils étaient à la veille de rencontrer Monseigneur Lefebvre. (…)

C'est alors que la Providence se manifesta en la personne de M. l'abbé Henri Bonvin, qui avait eu vent des recherches de Mgr Lefebvre, son ancien condisciple et ami au Séminaire français de Rome.

Ce prêtre avait comme paroissien, à Fully, Maître Roger Lovey, l'un des cinq sauveteurs d'Ecône !

Une rencontre fut bientôt organisée dans un restaurant des environs entre l'ancien archevêque de Dakar et les cinq laïcs. (…) Un accord de principe fut conclu à la fin du repas. Puis on emmena Mgr Lefebvre faire le tour du propriétaire…

Louis-Michel Jugie

(in Ecône, le Séminaire de l'espoir)


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