Lettre Circulaire aux fidèles de Suisse – Le Rocher 122

Réchauffement climatique ou glaciation ?

Bien chers fidèles,

Saint Thomas d’Aquin s’est posé, dans la Somme théologique1, la question de savoir quel aurait été le bon moment pour l’incarnation du Fils de Dieu. Il arrive à la conclusion suivante : si le Fils de Dieu s’était fait homme juste après la chute, l’humanité n’aurait pas assez désiré, ou pu désirer, le Sauveur. Si Jésus n’était venu qu’à la fin du monde, l’humanité aurait soit complètement perdu de vue l’existence de Dieu, soit abandonné tout espoir de rédemption. Voilà pourquoi Dieu a choisi pour l’Incarnation un moment donné entre ces deux époques.

Dans quel état Jésus, le Fils de Dieu fait homme, a-t-il trouvé l’humanité ? Exactement comme l’exprime symboliquement l’étable de Bethléem : froide et sale. Les habitants de la ville de David entre autres témoignent de la dureté de cœur qui régnait à l’époque : ils n’avaient pas de place pour le Messie. Au sujet de la souillure et du péché, un regard sur les livres historiques de l’Ancien Testament suffit.

Que serions-nous sans le Sauveur ? Des cubes de glace que la mort précipiterait dans le feu de l’enfer. Mais le Sauveur vint, il mourut sur le Calvaire, pour nous. Depuis, la lumière de l’Evangile dissipe les ténèbres. Depuis, l’amour de Dieu réchauffe le cœur de l’homme. Depuis, nous connaissons un véritable réchauffement du climat, bénéfique et durable. Mais quelqu’un lutte là-contre, c’est l’ennemi du genre humain. Le diable hait la lumière, il veut éteindre la vie divine dans les âmes et bannir l’amour de Dieu des cœurs. L’action du Malin porte, hélas, du « fruit ». L’histoire de l’Eglise montre de façon bouleversante comment, au cours des siècles, le feu du zèle et le désir de Dieu se refroidit peu à peu. Dieu, le Bon Pasteur qui veille sur les âmes, donne continuellement à l’humanité de nouvelles occasions de raviver le feu. Pensons combien durant les derniers siècles s’est répandue la dévotion au Cœur Sacré de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie.

On peut encore dire tant de choses du réchauffement climatique. Ce n’est pas de cela qu’ont besoin les cœurs des hommes qui se sont refroidis. Pour l’Avent, je voudrais vous donner un moyen de progresser : prenez du temps pour le silence et la prière. Nous avons besoin d’un grand désir du Sauveur et d’un ardent amour pour lui.

Mais on n’obtient cela que dans la prière, qui exige le calme et le silence :

« Silence […] est tout le contraire d’oubli et de la froideur : in meditatione exardescet ignis… C’est dans le silence qu’on aime le plus ardemment ; le bruit et les paroles éteignent souvent le feu intérieur : restons silencieux […] comme sainte Madeleine, comme saint Jean-Baptiste, supplions Jésus d’allumer en nous ce grand feu qui rendait leur solitude et leur silence si bienheureux. » 2

Cœur de Jésus, fournaise ardente de charité, ayez pitié de nous.

Abbé Pascal Schreiber

  • 1. IIIa, q. 1.
  • 2. « Ecrits spirituels de Charles de Foucauld », J. de Gigord, Paris, p. 220.