La parole de notre fondateur / FSSPX but

Saint Pie X

Le 1er novembre 1970, Mgr Marcel Lefebvre se rendit à Fribourg auprès de Mgr François Charrière, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, pour lui demander le résultat de son étude qu’il avait dû faire des statuts et des constitutions qui lui avaient été soumises au début du mois de juillet. Voici comment notre fondateur en parlait à l’occasion du 20e anniversaire de cette érection canonique.

Il avait donc eu quatre mois pour examiner ces constitutions, et j’avoue que je me rendais à l’évêché avec quelque appréhension. Le temps était déjà bien défavorable à toute œuvre de la Tradition, c’est pourquoi je me demandais bien ce qu’allait me répondre Son Excellence Mgr Charrière. Or, à ma stupéfaction et à ma joie, évidemment, il me dit : « Mais c’est entendu, je vais signer cela immédiatement ». Il fit appeler son secrétaire, lui demanda les documents ; la lettre était prête et Monseigneur signa devant moi l’acceptation de nos statuts et de nos constitutions. (…)

Le but de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

Mes chers amis, ne voyez-vous pas, entre cette reconnaissance officielle de la Fraternité et le jour de la Toussaint, un lien mystique profond, extraordinaire, qui correspond parfaitement au but de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ? C’est dans son essence même, je dirais, de rechercher la sainteté, et non seulement de rechercher la sainteté mais de faire des choses saintes. Mes chers amis, qu’est-ce donc que le prêtre ? Sacerdos, sacra dans : celui qui donne les choses saintes. Sacrificium, sacrum faciens : celui qui fait les choses saintes. Voilà ce qu’est le prêtre, et nous recevions l’approbation de notre Fraternité sacerdotale en ce jour de fête de la sainteté ! Chers amis, n’oublions pas ces circonstances, la sainte Providence ne fait rien par hasard. Je suis sûr que les saints anges se réjouissaient, là-haut, de voir cette coïncidence entre la reconnaissance de cette Fraternité fondée pour faire de saints prêtres qui allaient communiquer la sainteté aux fidèles, et ce beau jour de la fête de la Toussaint. Tirons-en quelques conclusions, si vous le voulez bien.

Il est donc voulu par la Providence que nos prêtres soient saints. Qu’est-ce que la sainteté, sinon la sainteté substantielle, sinon le Verbe de Dieu lui-même ? Verbum Dei, c’est l’Agneau qui est désigné dans l’Apocalypse, entouré de vingt-quatre vieillards, et d’une foule innombrable d’anges et d’élus qui chantent : « Saint, Saint, Saint est le Seigneur, notre Dieu » 1 . Il s’agit bien du Verbe, et du Verbe incarné. Or que font les prêtres, sinon communiquer le Verbe de Dieu ? Communiquer ce Verbe saint, le communiquer par la parole, le communiquer par la prédication, se faire l’écho de la Parole même de Dieu, de la Parole substantielle de Dieu et de toutes les paroles que le Verbe incarné a prononcées pendant son séjour ici-bas. Voilà le rôle du prêtre : être l’écho du Prophète. Fidèlement, nous devons transmettre ses paroles à tous les fidèles, à tous ceux qui veulent vraiment être des fils de Dieu, qui veulent vraiment profiter de la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous communiquons donc ce Verbe qui est la Parole de Dieu, mais nous communiquons aussi le Verbe fait chair : Et Verbum caro factum est. « Le Verbe de Dieu s’est fait chair, et il a habité parmi nous » 2 . Et l’œuvre par laquelle il a communiqué sa grâce, par laquelle il a communiqué sa vie, l’œuvre essentielle, vous le savez bien, c’est le sacrifice de la Croix. Communiquer le Verbe par la parole de Dieu, communiquer le Verbe dans le saint sacrifice de la messe, le Verbe fait chair, n’est-ce pas là le rôle du prêtre ? Communiquer Jésus dans la sainte Eucharistie, après avoir reproduit, réactué le sacrifice de la Croix et fait venir Dieu, sous les espèces du pain et du vin, pour le communiquer aux fidèles. Quel magnifique exemple, quelle tâche extraordinaire ! Oui, le prêtre est vraiment fait pour les choses saintes, alors il doit être saint lui-même.

L’utilité de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X

Vous me direz peut-être, ou certaines personnes me diront : « Mais à quoi bon la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ? Avait-elle vraiment une utilité en ce temps-là, n’y avait-il pas encore dans le monde de saints évêques et de saints prêtres ? » Hélas, nous étions obligés de constater la révolution qui s’était faite, et qui était en train de s’accomplir tous les jours davantage. Nous étions en 1970, il y avait déjà cinq ans que le Concile (Vatican II) avait fermé ses portes et avait entrepris des réformes désastreuses. Car en définitive, qu’est-il arrivé aux prêtres des paroisses, à ces pauvres prêtres, dont beaucoup d’ailleurs n’en avaient plus que le nom ? Ils l’ont prouvé en abandonnant leur sacerdoce et en rejoignant le monde… Mais beaucoup d’entre eux avaient encore gardé la foi, avec le désir de célébrer saintement le sacrifice de la messe. Eh bien, on leur a arraché des mains, en quelque sorte, et le saint sacrifice de la messe et leur catéchisme, donc cette parole de Dieu qui est inscrite dans nos catéchismes traditionnels, qui n’est que l’écho de la Parole de Notre Seigneur Jésus-Christ. On leur a falsifié le catéchisme, on leur a demandé d’enseigner une autre foi, qui n’est plus la foi catholique ! Imaginez la douleur de ces prêtres… Encore aujourd’hui, on les force à enseigner à tous les enfants de leur paroisse, ces choses contraires à leur foi, contraires à la foi catholique. On leur a ainsi arraché le sacrifice de la messe ; on l’a transformé, on l’a rapproché bien plus de la cène protestante que du vrai sacrifice de la messe catholique. C’est évident !

Cette transformation a été aussi la cause, pour beaucoup de ces prêtres, d’une douleur profonde. Beaucoup d’ailleurs se sont retirés : des évêques ont donné leur démission pour ne pas être obligés de mettre en pratique cette révolution, et beaucoup de prêtres ont quitté leur paroisse. Ceux qui le pouvaient ont donné également leur démission. J’en ai vu pleurer  3 , pleurer de douleur, et je suis persuadé – je l’ai déjà dit souvent – qu’au moins deux archevêques, ceux de Madrid et de Dublin 4 , sont morts de douleur devant cette réforme affreuse qui changeait la nature du prêtre. Le prêtre n’ayant plus à offrir vraiment le sacrifice mais simplement à faire une eucharistie, à faire un partage à la méthode protestante, et n’ayant plus à enseigner le véritable catéchisme tel qu’il l’avait appris lui-même dans son enfance, c’était poignarder le cœur des prêtres, et à plus forte raison des évêques qui savaient qu’ils étaient en quelque sorte responsables de ce qui se passait dans leur diocèse. Oui, cette réforme terrible a été une révolution, et qui continue, qui n’est pas terminée…

Alors, dites-moi, mes chers amis, mes bien chers frères, si l’institution de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X était inutile, était vaine. Elle est précisément cette contre-révolution par l’affirmation de la foi, de la foi catholique de toujours. Elle est la contre-révolution par l’offrande du vrai sacrifice de la messe qui est la source de la sainteté, la source de la vie. Car avec le sacrifice de la messe, il faut voir les sept sacrements qui sont comme le rayonnement de la messe, qui en sont ou la préparation ou une conséquence, mais qui sont liés essentiellement, profondément, au saint sacrifice de la messe. C’est toute la vie de Jésus, la vie du Verbe de Dieu qui nous est communiquée par la sainte messe et par les saints sacrements, à plus forte raison par Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même dans la sainte Eucharistie, centre de notre religion. Oui, la naissance de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a certainement été voulue par la Providence, et j’en suis d’autant plus convaincu que j’en ai été un instrument peut-être un peu indocile, puisqu’il m’est arrivé au cours de l’année 1969-1970, de me demander s’il ne fallait pas abandonner ce projet. Et je l’aurais abandonné si je n’avais pas eu à mes côtés mes anges gardiens, qu’étaient l’abbé Aulagnier et l’abbé Tissier de Mallerais, qui m’ont réconforté et m’ont encouragé comme les saints anges, je pense, avaient assisté Notre-Seigneur au Jardin des Oliviers en lui inspirant la prière Fiat voluntas tua 5 .

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a été bénie de Dieu

Ainsi la Fraternité s’est faite et s’est réalisée. Et je pense qu’après vingt années d’existence, tous, même ceux qui, en dehors de la Fraternité, ne sont pas d’accord avec elle, sont bien obligés de reconnaître qu’elle a été bénie de Dieu : à preuve ceux qui sont venus nous visiter officiellement de Rome et qui ont consigné par écrit, sur le livre d’or du séminaire, leur admiration pour l’œuvre qui se réalise ici. Oui, la Fraternité a été voulue par le Bon Dieu, et d’innombrables grâces ont été données. Je pense que c’est là, la grande consolation au milieu des immenses épreuves qui sont les nôtres, car de nous sentir incompris et même rejetés par les autorités officielles de l’Église, par celles qui occupent actuellement les postes de commandement, c’est une douleur immense ! Douleur pour la vitalité de l’Eglise, douleur parce que nous voyons les âmes se diriger vers l’enfer, en foule, à cause de l’apostasie qui règne à Rome… 

C’est une véritable apostasie. Notre Seigneur Jésus-Christ n’est plus honoré comme il devrait l’être, alors qu’il est Dieu et qu’il doit régner ; lui seul doit régner, lui seul a droit à la véritable religion. Cette apostasie de l’esprit se voit par la transformation de la vertu de foi, qui n’est plus une vraie foi, mais un sentiment de la subconscience qui se développe à l’intérieur de l’homme et qui n’a rien à voir avec la vraie foi ; par la désobéissance de la volonté, qui remplace la Loi de Dieu par la conscience humaine, donc par l’homme : Dieu est remplacé par l’homme aussi bien dans l’intelligence que dans la volonté. Et cela est un péché grave, un péché permanent qui s’exprime par exemple dans la laïcité des Etats voulue par le Saint-Siège. La laïcité, c’est l’athéisme public, et c’est un péché grave ! 

Les Etats qui professent désormais cet athéisme officiel, basé sur la Déclaration des droits de l’homme, sont dans un état de péché mortel continuel. Ils légalisent le péché. Puisqu’ils ont rejeté la Loi divine, ils font maintenant des lois qui sont contraires à la Loi divine et qui mettent des millions d’âmes en état de péché permanent : la loi du divorce met en état de péché mortel permanent les gens qui y recourent, l’avortement met en état de péché mortel tous ceux qui concourent à l’avortement, et ainsi de suite… Nous pourrions continuer la liste des lois qui mettent en état de péché habituel des millions d’âmes, et cela dans le monde entier, partout dans le monde chrétien. Par conséquent, nous pouvons dire en vérité que ces foules se dirigent vers l’enfer. A moins qu’elles ne retrouvent la grâce avant de mourir, espérons-le, elles vont en enfer. C’est bien ce que montrait Notre-Dame de Fatima aux enfants : ces foules qui descendent en enfer ! Et cela est voulu, organisé par toute une révolution, une révolution qui a commencé en particulier dans les universités, parmi les esprits soi-disant éclairés qui ont remplacé la pensée de Dieu et même l’être de Dieu par leur pensée personnelle, qui ont remplacé la Loi divine par leur propre conscience. C’est le péché radical : exclure Dieu de l’esprit, des volontés et des âmes. Ce péché a commencé dans les universités, s’est ensuite répandu par la révolution et la constitution des droits de l’homme, qui sont maintenant à la base de nos sociétés socialistes et maçonniques.

Mes chers amis, vous voyez immédiatement l’importance de votre rôle ; car vous êtes ici comme dans une université, et vous devez par conséquent prendre conscience de ce péché grave qui est le péché de l’humanité aujourd’hui, et de la plupart des penseurs, malheureusement. A vous d’indiquer le chemin de Dieu, à vous de montrer que les esprits sont faits pour Dieu, pour l’être, pour le réel et non pas pour la pensée humaine. A vous de montrer que la conscience est faite pour la Loi, et non pour elle-même. A vous de montrer que la Loi de Dieu doit remplacer les constitutions basées sur les droits de l’homme, qui sont une insulte à Dieu, etc. Quel travail ! Quelle œuvre vous avez à accomplir, mes chers amis ! Vous êtes ce petit reste, mais qui tient le flambeau hardiment. N’ayez pas peur de le brandir ! N’ayez pas peur de montrer que vous êtes prêtres, prêtres traditionnels comme l’Eglise a toujours voulu les faire, prêtres pour la vérité, prêtres pour la sainteté.

Dieu est avec nous, il ne nous abandonnera pas

Quelle belle tâche, quelle belle croisade vous avez devant vous ! Le Bon Dieu vous a fait naître à une époque de l’histoire de l’humanité qui est enthousiasmante pour des jeunes comme vous, comme l’étaient les Maccabées lorsqu’ils ont quitté la société corrompue d’Israël : ils étaient quelques-uns. Judas Maccabée s’est trouvé avec huit cents soldats devant une armée de vingt mille, et il les a battus. Ayez confiance, mes chers amis : Dieu est avec vous, il ne vous abandonnera pas, pas plus qu’il ne nous a abandonnés au cours de ces vingt années. Il ne vous abandonnera pas dans le futur non plus, parce que Dieu se veut lui-même. Dieu ne veut pas disparaître. Il est Dieu, il veut demeurer Dieu, non seulement au Ciel mais ici-bas, et c’est pourquoi il veut des soldats dans son armée. 

Je voudrais vous lire en conclusion, les quelques paroles que l’évêque adresse aux futurs prêtres à la fin de la monition de l’ordination sacerdotale, paroles si bien adaptées au bilan de ces vingt années et, en même temps, à la préparation des années futures que le Bon Dieu voudra bien donner à la Fraternité : « Appréciez ce que vous faites. Imitez ce que vous opérez, en tant que, par la célébration du mystère de la mort de Notre-Seigneur, vous vous efforciez de faire mourir en vous tous les vices et toutes les concupiscences. Que vos paroles soient un remède spirituel pour le peuple de Dieu ; que la bonne odeur de votre vie fasse les délices de l’Eglise de Jésus-Christ, que vos discours et vos exemples soient l’édification de la maison de Dieu ; afin que le Seigneur ne nous punisse point un jour, nous, pour vous avoir admis à ce ministère, vous, pour y avoir été élevés ; mais plutôt nous en récompense. Qu’il daigne nous l’accorder par sa grâce. Ainsi soit-il ».

Mgr Marcel Lefebvre

(Ecône, Toussaint – 1er novembre 1990)


  • 1Apocalypse 4, 8.
  • 2Jn 1, 14.
  • 3Cf. Le Rocher n° 45, J’ai vu des prêtres pleurer.
  • 4Mgr Casimoro Morcillo González (1904-1971) et Mgr John Charles McQuaid, C.S.Sp. (1895-1973).
  • 5Mt 26, 42.