La parole de Mgr Marcel Lefebvre – Le Rocher 143

Ne pas collaborer à la destruction de l’Eglise

L’Eglise est aujourd’hui investie par des mercenaires, des loups, qui voudraient nous entraîner dans la voie de la perdition par le chemin de l’œcuménisme. C’est une trahison de la vérité. N’y collaborons pas et travaillons patiemment, calmement, sereinement à la reconstruction de l’Eglise, à la conservation de l’Eglise.

Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a dit : « Ego mitto vos sicut oves inter lupos. Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » 1 . Oui, nous sommes tous, chrétiens, prêtres, futurs prêtres, séminaristes, nous sommes tous envoyés par Notre-Seigneur Jésus-Christ comme au milieu des loups. Et ces loups, Notre-Seigneur les a désignés. Il les a désignés comme ces mercenaires pour lesquels les brebis ne comptent pas, qui ne s’intéressent pas aux brebis et qui les abandonnent à la moindre occasion.

L’Eglise catholique est missionnaire, elle n’est pas œcuménique

Eh bien, malheureusement, nous sommes obligé de constater qu’il y a aujourd’hui non seulement des loups hors de l’Eglise, mais aussi des mercenaires à l’intérieur de l’Eglise. Et précisément, ce sur quoi je voudrais insister, c’est que si l’Eglise catholique est missionnaire, elle n’est pas œcuménique. L’Eglise catholique n’est pas œcuménique. Or, l’Eglise aujourd’hui investie par ces mercenaires, investie par ces loups, voudrait nous entraîner (…) dans la voie de la perdition. Par quel chemin ? Par le chemin de l’œcuménisme ! Et cela, ils ne s’en sont pas cachés.

Car qu’est-ce que cet œcuménisme, sinon une trahison de la vérité, une trahison de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Une vérité qui est adultère, qui se mélange à l’erreur. On ne défend plus la loi de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le décalogue ; on ne défend plus la morale que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a enseignée, sous prétexte d’être bien avec l’homme moderne, avec les hommes de ce monde. C’est pourquoi on nous a donné une messe œcuménique, on nous a donné un catéchisme œcuménique, une bible œcuménique. Et l’on veut que désormais les Etats et les sociétés civiles soient des sociétés œcuméniques, c’est-à-dire qui font des compromis avec l’erreur, des compromis avec le mal, avec le vice, et qui donc ne sont pas catholiques.

Nous ne devons pas accepter ces choses qui sont empoisonnées et nous n’avons pas peur de le dire : cet œcuménisme vient tout droit des officines secrètes de la maçonnerie – c’est saint Pie X qui le dit également. Lisez la Lettre de saint Pie X aux évêques de France, condamnant le Sillon en 1910. Le Sillon était tout simplement une espèce d’œcuménisme qui préparait l’œcuménisme d’aujourd’hui ; le grand Sillon, comme ils l’appelaient, était précisément un véritable œcuménisme. Notre Saint-Père le pape Pie X, après avoir décrit le Sillon et l’avoir condamné, dit : « Nous savons bien d’où viennent ces idées, elles viennent d’officines secrètes. Le souffle de la Révolution a passé par là ». Eh bien, nous pouvons dire aussi que par l’œcuménisme, le souffle de la Révolution a passé par là.

Et c’est pourquoi nous refusons absolument cet œcuménisme. Et je pourrais vous montrer des textes qui viennent, par exemple, d’un grand chef de la maçonnerie, Fred Zeller, ex-grand maître du Grand Orient de France qui, ces mois derniers, écrivait un article « Trois points, c’est tout » 2 dans lequel il disait formellement : « Le Concile mettra longtemps à trouver sa véritable signification, mais les fidèles se rendent compte que quelque chose de très important est survenu, qui tient tout entier dans le mot œcuménisme. Et cela signifie que l’Eglise devra se réconcilier avec toutes les religions, et par conséquent, avec la maçonnerie également ». Voilà ce qu’a dit ce grand maître de la maçonnerie, il y a de cela deux ou trois mois.

Et puis, plus récemment encore, dans la Civiltà Cattolica (grande revue des Pères jésuites de Rome, la plus grande revue romaine, la plus importante et considérée comme la plus sérieuse), deux pères jésuites faisant un article sur les intégristes que nous sommes – évidemment et dans lequel, hélas, mon nom paraît – eh bien, ils nous reprochent tout simplement ceci : de considérer toujours comme des ennemis de l’Eglise, le socialisme, le communisme et la franc-maçonnerie. Voilà ce qu’ils nous reprochent ! Deux pères jésuites qui écrivent cela, au mois de février, dans la plus grande revue catholique de Rome ! Alors nous avons compris.

Nous sommes trahis !

Nous savons à qui nous avons affaire maintenant, nous savons parfaitement que nous avons affaire à une main diabolique qui se trouve à Rome et qui demande, par obéissance, la destruction de l’Eglise. Et c’est pourquoi nous avons le droit et le devoir de refuser cette obéissance. Je viens de recevoir précisément une lettre du Vatican qui me parle de colloques à venir, et qui me demande de ne pas faire ces ordinations d’aujourd’hui pour pouvoir continuer les colloques. Mais, lorsque l’on m’appellera à Rome, peut-être dans quelques mois, avec qui vais-je faire ces colloques ? Je crois que j’ai le droit de demander à ces messieurs qui seront derrière les bureaux qu’ont occupés des cardinaux qui étaient tout à fait de saintes gens et qui étaient des défenseurs de l’Eglise et de la foi catholique, il me semble que j’aurai le droit de leur demander : « Etes-vous l’Eglise catholique ? A qui ai-je affaire ? ». Si j’ai affaire à quelqu’un qui a un pacte avec la franc-maçonnerie, ai-je le droit de parler avec lui ? Ai-je le devoir d’entendre ces gens-là et de leur obéir ?

Mes bien chers frères, nous sommes trahis ! Trahis par tous ceux qui devraient nous donner la vérité, qui devraient nous enseigner le Décalogue, nous enseigner le vrai catéchisme, qui devraient nous donner la véritable messe, celle que l’Eglise a toujours aimée, celle que les saints ont dite, celle qui a sanctifié des générations et des générations. Ils doivent nous donner également tous les sacrements dont nous n’avons pas à douter de la validité, des sacrements qui sont certainement valides. C’est un devoir pour nous de les leur demander et ils ont le devoir de nous les donner. Nous sommes trahis. Et nous le voyons tous les jours devant ce qui se passe dans l’Eglise comme au dehors de l’Eglise. Des pays, des sociétés civiles sont trahis. Les familles sont désorganisées, les paroisses sont abandonnées, les séminaires sont vides, les vocations sont inexistantes. (…)

Mes bien chers frères, qui que nous soyons, si nous voulons demeurer catholiques, si nous voulons que l’Eglise catholique continue, nous avons le devoir de ne pas obéir à ceux qui veulent nous entraîner dans la destruction de l’Eglise, nous avons le devoir de ne pas collaborer à la destruction de l’Eglise mais bien au contraire de travailler patiemment, calmement, sereinement à la reconstruction de l’Eglise, à la conservation de l’Eglise. Vous pouvez faire, chacun d’entre vous, votre devoir à ce sujet. (…)

Mes bien chers frères, je conclus : nous paraissons faibles mais nous sommes forts. Nous paraissons faibles, parce que, qu’est-ce que ces quelques milliers de personnes réunies ici, quand on pense au monde entier, à l’humanité entière qui devrait adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui devrait se presser autour des autels de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour recevoir son précieux Corps, son Sang, son Ame et sa Divinité afin d’être transformée en Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Quelle douleur de penser que des milliards d’âmes sont éloignées de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Mais si nous sommes faibles parce que nous sommes peu nombreux par rapport à la mission que le bon Dieu nous demande d’accomplir, en même temps nous sommes forts. Nous sommes forts dans cette parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a dit : « Je serai avec vous jusqu’à la consommation des siècles » 3 . Nous sommes forts, parce que, précisément, nous voulons continuer, nous, la mission de Notre-Seigneur Jésus-Christ, continuer l’Eglise. Et c’est cela qui nous rend forts, forts de ce lien essentiel, de ce lien capital avec la Tradition, avec tout ce que Notre-Seigneur nous a enseigné, avec l’institution de l’Eglise et avec tout ce que Notre-Seigneur a légué à son Eglise. Forts de cela, forts d’être avec tous les élus du Ciel, forts d’être avec tous les catholiques de la terre qui veulent garder leur foi catholique, nous sommes assurés de la victoire.

Nous ne cherchons pas à crier victoire contre ceux qui nous en veulent, contre ceux qui nous persécutent, mais je parle de la victoire de Notre-Seigneur contre Satan, celle qu’il a gagnée par sa Croix. Nous sommes persuadés que cette victoire continuera. Elle ne peut pas ne pas continuer parce que l’Eglise doit continuer et doit persévérer. Par conséquent, si parfois vous êtes pris par des sentiments de découragement, par des sentiments de déchirement intérieur, presque de désespoir à la vue de l’Eglise déchiquetée, souffrante, frappée de tous côtés, si ces sentiments envahissent votre âme, pensez que Notre-Seigneur est avec vous, pourvu que vous gardiez les paroles que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a données et nous a enseignées.

Et c’est par cela, par ces sacrifices que l’ennemi sera chassé un jour de l’Eglise et que l’Eglise retrouvera sa splendeur, qu’elle ne sera plus minée par des personnes qui veulent sa disparition, qui veulent sa destruction. Alors nous devons prier et, aujourd’hui en particulier tous ensemble réunis, nous devons prier pour que le bon Dieu chasse les ennemis de l’Eglise et qu’ainsi l’Eglise puisse redonner les grâces dont les fidèles ont besoin et dont le monde a besoin pour son salut.

Mgr Marcel Lefebvre

(Ordinations – Ecône, 29/06/1978)

  • 1Mt 10, 16.
  • 2Cf. aussi son livre Trois points, c’est tout, Editions Robert Laffont (1976).
  • 3Mt 28, 20.