La Passion de Jésus source de dévotion

Nous devons avoir une grande dévotion envers la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ et son sang. C’est par son sang qu’il nous a rachetés. Saint Paul le répète constamment : per sanguinem ipsius, in sanguine eius (Rm 3, 25 ; Ep 1,7 ; He 9,12).

Nous devons avoir aussi une grande dévotion envers la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ parce qu’elle a été inondée de son sang, parce qu’elle a été l’autel sur lequel il s’est immolé. C’est une dévotion d’Eglise, qui a été confirmée au cours des siècles par les miracles qui ont été accomplis par elle.

Tout au long de l’histoire de l’Eglise, les âmes désireuses d’approfondir leur vie chrétienne ont toujours trouvé le moyen d’augmenter leur vie spirituelle dans le mystère de la Croix. Ce fut surtout durant le Moyen Age chrétien que l’on a vu les traces de cette dévotion profonde au mystère de la Croix. On la trouve dans la construction de ces magnifiques églises et cathédrales. La croix domine l’autel. Elle se trouve à la croisée des chemins. Partout on a élevé la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Sainte Angèle de Foligno, saint François d’Assise, saint Ignace, saint Bernard ont manifesté dans leurs écrits, et je dirais dans leur chair aussi, l’amour qu’ils avaient pour la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. En effet, le mystère de notre sanctification, le mystère de notre justification ne peut pas s’expliquer sans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Or, à notre époque, on veut éliminer la croix, on ne veut pas la regarder, on ne veut pas l’avoir devant les yeux. Pourquoi ? Parce que la croix représente le sacrifice. Et pourtant c’est uniquement par la croix, par le sacrifice que l’âme chrétienne peut retrouver la vie. La mort est morte, dit la liturgie, lorsque celui qui était la source de la vie est mort . C’est la vie qui a triomphé. 

La passion de Jésus dans la liturgie

Le grand mystère autour duquel tourne toute la liturgie de l’Eglise, c’est le mystère de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. De toute éternité, Dieu a voulu que son Fils prît une chair et une âme semblable aux nôtres, et versât son sang pour la rédemption de nos péchés. Grand mystère ! Et les cérémonies de la Semaine sainte nous font revivre chaque année ces journées émouvantes de la passion de Notre-Seigneur. Ces cérémonies inondent notre âme de joie quand nous voyons Notre-Seigneur opérer notre salut, mais en même temps de douleur face à notre état de pécheur.

Ce mystère se présente sous la forme d’un combat immense livré entre Dieu et Satan. Car l’Evangile le dit explicitement, Satan prit possession de l’âme de Judas (Jn 13, 27). C’est donc un combat contre Satan, un combat contre le péché, combat contre la mort duquel Dieu sortira victorieux. Et le bon Dieu veut nous entraîner dans son combat pour participer à sa victoire. Il va falloir que les mérites de la passion de Notre-Seigneur nous soient appliqués pour que nous puissions participer à cette victoire contre le péché, contre Satan et contre la mort.

Aujourd’hui, on aurait tendance à oublier la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour ne plus penser qu’à sa résurrection. Volontiers on laisse disparaître les crucifix pour ne plus représenter Notre-Seigneur que triomphant. Sans doute, Notre-Seigneur a triomphé, mais il a triomphé par sa passion. Sa résurrection est comme le résultat de son combat, le résultat de sa passion, de son sang versé, comme le dit magnifiquement saint Paul : « Il est entré une fois pour toutes dans le Saint des saints, non avec le sang des boucs ou des veaux, mais avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle. » (He 9, 12)  II a versé son propre sang pour nous.

Comme le dit encore saint Paul : « Je n’ai pas jugé connaître autre chose que Jésus, et Jésus crucifié » (1 Co 2, 2), « scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais sagesse » pour ceux qui croient en Notre-Seigneur Jésus-Christ (1 Co 1, 23-24). Ce sera donc votre sagesse : la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. 

Désormais le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est plus concevable sans la Croix. La Croix est son trône et sa couronne d’épines est une couronne rayonnante de gloire aujourd’hui. Ses bras étendus montrent l’infinité de son royaume et son cœur ouvert montre que c’est par son amour qu’il règne. Voilà comment Notre-Seigneur Jésus-Christ se présente à nous dans la foi. 

La Croix, source de paix

Le sacrifice de la Croix, que nous vénérons, que nous adorons, nous apprend à nous mettre dans la paix, car la paix, c’est la tranquillité de l’ordre. L’ordre chrétien, l’ordre de la Croix, c’est l’ordre qu’a poursuivi l’Eglise pendant toute son histoire. Vous serez les héritiers de l’Eglise en recherchant cet ordre, en le poursuivant d’abord en vous, par les vertus que vous pratiquerez. Et puis vous vous efforcerez de rétablir l’ordre dans vos âmes en recevant Jésus crucifié dans la sainte Eucharistie. 

Le mystère de la Rédemption situe encore d’une manière plus concrète, plus précise la place que Jésus doit occuper dans notre vie spirituelle, puisque Notre-Seigneur nous a rachetés chacun d’entre nous personnellement. 

Que Dieu lui-même soit venu en personne au milieu de nous pour nous sauver, et nous sauver par la Croix, par son sacerdoce et par son sacrifice, devrait nous mettre dans l’admiration continuelle, dans l’adoration perpétuelle, dans la reconnaissance quotidienne. 

La Croix : une peine médicinale

Durant l’histoire de l’Eglise, le bon Dieu a protégé ses élus le temps qu’il a voulu, mais il leur a aussi fait porter la Croix. Il a permis que leur vie soit une vie de souffrances. Et tous les Apôtres sont morts martyrs. Je ne sais pas si nous, nous mourrons martyrs, mais nous devons être toujours prêts à souffrir parce que le bon Dieu nous le demande. Nous ne sommes pas ici-bas pour recevoir de sa part des bénédictions matérielles et temporelles, mais pour sauver nos âmes. 

Saint Paul dit que nous devons compléter dans notre chair la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Col. 1, 24). Nous aussi, nous devons le désirer. Oh ! c’est un désir qui nous coûtera cher. Car, si nous voulons compléter la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il faudra souffrir avec lui, être immolés avec lui. Ce serait trop facile de dire : Parce que je suis chrétien, le bon Dieu me bénira, et m’exemptera de toute souffrance. Je passerai ma vie sans souffrance, sans sacrifice. Parce que j’aime bien le bon Dieu, le bon Dieu doit m’aimer, et donc le bon Dieu ne doit pas vouloir que je souffre. C’est bien mal comprendre le mystère de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Si Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a montré l’exemple de la souffrance rédemptrice, nous devons avoir presque ce désir de souffrir avec lui, de nous sacrifier avec lui. 

La souffrance, qui était une peine vindicative, supportée sans espoir, deviendra [alors] une peine médicinale, trésor de vie et de salut ; d’intolérable qu’elle était, elle deviendra désirable, aimable, objet de désir ardent. 

Si nous demandions à tous les saints, qui chantent la gloire de Dieu et de Notre-Seigneur au Ciel, quel a été au cours de leur existence terrestre le moyen, la voie de leur sanctification, il ne fait aucun doute qu’ils nous répondraient : La voie de la sanctification, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ, et Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié. La voie de la perfection, la voie de la sainteté, c’est la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. 

La sainteté dépend du degré de participation à la rédemption de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Les personnes les plus saintes sont celles qui s’associent davantage à la victime qu’est Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la rédemption du monde, devenant par là, d’une certaine manière, corédemptrices.

Ainsi celle qui est la plus sainte après Notre-Seigneur Jésus-Christ, celle qui a le plus participé à la rédemption de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c’est la très sainte Vierge Marie. C’est pourquoi elle est la reine des saints. Elle est plus grande, plus haute, plus sainte, plus digne que toutes les âmes qui ont été créées parce qu’elle a reçu en privilège une participation exceptionnelle à l’œuvre de la rédemption de Notre-Seigneur Jésus-Christ. De même les saints et les saintes, même ceux qui n’ont pas été prêtres, ont été véritablement unis à Notre-Seigneur Jésus-Christ parce qu’ils ont participé à la rédemption de Notre-Seigneur. Ils ont participé à sa rédemption en s’offrant comme victimes avec lui sur le bois de la croix, et également par leur apostolat. Par conséquent, dans l’Église catholique, le signe de la véritable sainteté est l’union à Notre-Seigneur Jésus-Christ comme victime pour participer à la rédemption de l’humanité tout entière. 

La Croix, source d’espérance et de force

Notre-Seigneur Jésus-Christ a ouvert un chemin pour aller au Ciel. Il n’y en a pas d’autres. Et Notre-Seigneur lui-même dit : « La voie est étroite (Mt 7, 14). Prenez votre croix et suivez-moi si vous voulez être mes disciples (d’après Lc 14, 7), si vous voulez entrer dans le Ciel. » 

Comme la doctrine catholique est belle ! Comme elle transforme complètement notre vie d’ici-bas ! C’est cela qui nous prépare à la vie éternelle. O crux ave, spes unica, « salut, ô Croix, notre unique espérance » (Hymne Vexilla Regis, des vêpres du temps de la Passion). La Croix est notre espoir, car elle n’est qu’un chemin, une voie, la voie vers la vie éternelle, vers la gloire. Mais il faut passer par elle, il faut prendre la croix et la porter derrière Notre-Seigneur pour arriver à la vie éternelle. Cette via crucis doit être la nôtre au cours de notre vie, afin d’arriver à la vie éternelle. 

De même qu’au désert, ceux qui regardaient le serpent d’airain attaché à un poteau étaient guéris, de même aussi les hommes qui veulent s’attacher à Notre-Seigneur, qui regardent la Croix, qui mettent tout leur espoir dans la Croix, ceux-là seront sauvés. Ceux qui se détournent de la Croix, ceux qui abandonnent la croix de Notre-Seigneur, qui ne veulent pas en entendre parler ni la voir, ceux-là se perdent. 

Sur le bois de la Croix se joue tout le sort de l’humanité et de la vie de chaque homme. Serons-nous avec Notre-Seigneur ? Le suivrons-nous sur sa Croix comme il l’a demandé lui-même ? « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce à lui-même, qu’il porte sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16, 24) Saint Paul a des paroles très suggestives à ce sujet : « Notre vieil homme a été crucifié avec lui afin que ce corps de péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus les esclaves du péché. (…) Ainsi vous-mêmes, regardez-vous comme morts au péché et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ. » (Rm 6, 6 et 11) 

Mgr Marcel Lefebvre

(La Vie spirituelle, pp. 98 à 103)