N.-S. l’a affirmé : il y a un Ciel et un enfer

Notre-Seigneur nous l’a enseigné, il l’a dit et répété : il y a un Ciel et un enfer. Ceux qui sont pétris des idées modernes, disent : « Oui, l’enfer existe mais il n’y a personne dedans ». Ces mensonges sont néfastes, précisément parce que la crainte de l’enfer garde les hommes dans l’observance des commandements de Dieu.

S’il y avait un acte qui prouvait la divinité de Notre-Seigneur, c’était bien sa Résurrection. Ils  auraient pu se convertir à ce moment-là, au moins avoir la simplicité, l’humilité de dire : « Nous nous sommes trompés, nous avons commis un déicide. Nous devons prier le Seigneur de nous pardonner ce péché. Nous reconnaissons que sa Résurrection nous manifeste évidemment qu’il était Dieu ». Non seulement ils n’ont pas fait cela, mais ils ont payé les témoins de la Résurrection, les gardes, pour dire que pendant qu’ils dormaient, les Apôtres étaient venus enlever le corps de Notre-Seigneur – mentant effrontément, sachant par conséquent que Notre-Seigneur était ressuscité puisque les gardes étaient venus le leur dire. Pour qu’ils aient payé les gardes à mentir, il fallait bien que ceux-ci leur aient dit : « Le Seigneur est ressuscité. Nous l’avons vu dans sa splendeur. Il est monté, il est parti, il est au Ciel ». Mais ils ont répandu le bruit que les Apôtres étaient venus le chercher pendant qu’ils dormaient. Et saint Augustin nous dit, avec une sorte de sourire malicieux, dans les leçons que nous avons lues aux matines : « Mais comment ont-ils pu savoir que les disciples étaient venus chercher le corps de Notre-Seigneur, puisqu’ils dormaient ! » . Comme c’est évident ! Pourtant la malice des hommes est telle que même les arguments les plus éclatants, les plus convaincants, sont rejetés.

La division continue à travers toute l’humanité

Nous devons donc nous demander maintenant ce qu’a fait l’humanité depuis que Notre-Seigneur est ressuscité. Est-ce que les hommes se sont regroupés autour de Notre-Seigneur pour l’adorer et le remercier, lui demander ses grâces, se convertir à lui ? Hélas, mes bien chers frères, vous en êtes témoins vous-mêmes : la division continue à travers toute l’humanité. Ah, si seulement cette division n’était que temporelle ! Si nous pouvions penser : « Oui, nous savons bien qu’au cours de cette vie terrestre, beaucoup d’hommes malheureusement s’éloignent de Notre-Seigneur, s’éloignent de sa loi, mais au moins, à la mort, ils retrouveront la lumière, ils se rendront compte de leurs erreurs, ils demanderont pardon à Dieu et rentreront au Ciel » ! Mais il n’en va pas ainsi, comme Notre-Seigneur nous l’a enseigné. Il l’a dit et répété : il y a un Ciel et un enfer. Nous ne pouvons pas le nier, ce serait nier ce que Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même a affirmé de façon solennelle, maintes et maintes fois.

Bien sûr, ceux qui sont pétris des idées modernes, disent : « Oui, l’enfer existe mais il n’y a personne dedans ». Ou encore : « La miséricorde du Bon Dieu fera en sorte que ceux qui sont en enfer seront très peu nombreux ; peut-être même se convertiront-ils un jour ? Même le diable se convertira et tout le monde sera réuni dans l’éternité bienheureuse… ». De l’imagination pure ! Ces mensonges sont néfastes, précisément parce que la crainte de l’enfer garde les hommes dans l’observance des commandements de Dieu, et c’est cela, voyez-vous, qui est essentiel. Pourquoi les portes du Ciel nous étaient-elles fermées ? A cause de la désobéissance de nos premiers parents. Nos premiers parents ont désobéi ouvertement à Dieu, et ils ont fermé les portes du Ciel, que Notre-Seigneur a rouvertes par son obéissance. Obediens usque ad mortem, mortem autem crucis . Obediens : obéissant jusqu’à la mort de la Croix. Toute sa vie a été un acte d’obéissance, de soumission à la volonté du Bon Dieu.

Il faut être dans la vérité

Dans la première antienne des matines de Pâques, Notre-Seigneur dit : « Ego sum qui sum. – Je suis celui qui est ». Dieu affirme sa toute-puissance. Tous les êtres lui doivent d’être, d’exister, parce qu’il est la source de l’être. « Je suis celui qui est, qui donne l’être à tout, à toutes les créatures. – Consilium meum non est cum impiis. – Je ne suis pas avec les impies, avec ceux qui renient Dieu, qui me renient, mais ma volonté est dans l’observance de la Loi. Dans l’obéissance à la Loi, se trouve ma volonté » . Quelles paroles brèves mais combien éclairantes ! Tout est là : Dieu est Dieu. Nous ne changerons pas Dieu. Dieu nous a créés pour être obéissants à sa loi. Il nous a donné une loi, une manière d’utiliser les biens qu’il nous a donnés : notre intelligence, notre volonté, notre cœur, notre corps ; tout est réglé par la loi du Bon Dieu, c’est normal, pour arriver au but qui doit être le nôtre, l’éternité bienheureuse.

C’est donc dans l’obéissance à cette loi, à cette volonté du Bon Dieu, telle que la sainte Vierge l’a pratiquée, que se trouve notre salut. Quel beau modèle que la très sainte Vierge ! « Fiat secundum verbum tuum. – Qu’il soit fait selon votre parole » . C’est toute la vie de la très sainte Vierge, cette obéissance à la volonté du Bon Dieu, et c’est cela l’esprit catholique ! L’esprit catholique est profondément un esprit d’obéissance, une obéissance radicale, totale à la loi du Bon Dieu. Le catholique répète tous les jours, maintes fois : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel ». Non pas « que ma volonté soit faite », mais « que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel ». Par conséquent c’est dans cet esprit-là que nous devons vivre, pour suivre Notre Seigneur Jésus-Christ et arriver ainsi aux portes du Ciel qui nous seront ouvertes.

L’esprit du Concile est un esprit qui porte à la désobéissance

Or, c’est précisément ce pourquoi, mes bien chers frères, nous avons des difficultés avec Rome. « Pourquoi revenir sur ce sujet ? », me direz-vous. « C’est un sujet trop triste… » Mais non ! Il faut être dans la vérité, il faut savoir ce que nous faisons. Nous savons et nous espérons que nous le faisons en toute conscience devant Dieu lui-même, pour obéir à Dieu, pour demeurer précisément dans l’obéissance, parce que l’esprit nouveau qui a soufflé dans la sainte Église, est un esprit de désobéissance, et c’est à cela que nous nous opposons. Nous sommes contre la désobéissance parce que c’est elle qui a perdu les hommes et nous a fermé les portes du Ciel.

Or, tout l’esprit du Concile est un esprit qui porte à la désobéissance, parce qu’on exalte la conscience, la conscience de l’homme : « L’homme a sa conscience, et c’est sa conscience qui doit le régir » . Mais pas du tout ! Le Bon Dieu a donné une conscience à l’homme pour connaître la loi et obéir à la loi, et non pas pour faire ce qu’il veut et se faire sa propre loi à lui-même. Mais on exalte maintenant la conscience, la responsabilité : « Les hommes sont responsables ». Alors, étant donné qu’ils sont responsables, ils font ce qu’ils veulent, ils disent : « J’ai ma responsabilité, j’ai ma conscience, je sais ce que je veux, je sais ce que je fais ; personne n’a à voir dans ma conscience ». Mais Dieu voit votre conscience, Dieu vous a donné la Loi. Vous n’avez pas le droit de vous opposer à la Loi de Dieu quand vous la connaissez.

On exalte l’homme. L’homme devient le centre du monde, comme si ce n’était pas Dieu qui était le centre de toutes choses, et vers lequel nous devons aller ! On exalte les droits de l’homme, la théologie de la libération, la liberté. Liberté, libération, indépendance… Toutes ces choses sont mauvaises, foncièrement mauvaises. Elles sont diaboliques ; elles sont comme l’écho des paroles de Satan à Eve et à Adam, paroles qui ont perdu nos premiers parents. Des paroles comme celles-là jettent dans le péché des millions de chrétiens, de catholiques. Oui, ce mauvais esprit d’indépendance qui souffle, ce règne de la conscience personnelle, de la liberté personnelle, de la libération, fait tomber dans le péché des millions de catholiques.

Si l’on s’écarte de la loi du Ciel, alors c’est l’enfer

Aussi nous ne voulons pas suivre ce mouvement, nous ne voulons pas suivre cet esprit, qui n’est pas l’esprit de Dieu, qui n’est pas l’Esprit-Saint, mais un esprit de désobéissance, un esprit d’indépendance. Au contraire, nous dépendons totalement de Dieu. C’est lui qui nous a faits. Il nous a donné une loi ; nous devons la suivre. La loi d’amour, la loi de charité, c’est ce qu’il a mis dans nos cœurs : « Aimer Dieu, aimer son prochain ». Tout se ramène à cela. Quelle loi magnifique ! Peut-il y avoir une loi plus belle qu’aimer Dieu, aimer son prochain et l’aimer pour Dieu ? Tout sera amour dans le Ciel, tout sera charité dans le Ciel. Cette loi régnera partout, c’est d’ailleurs la loi de Dieu lui-même : « Dieu est charité », c’est ce que dit saint Jean . Dieu est charité, et c’est cette loi de charité que Dieu a mise dans nos cœurs, dans nos âmes, dans nos consciences. Et cette loi de charité est très exigeante, on ne peut pas s’en écarter.

Si l’on s’écarte de cette loi de charité, on tombe dans la désobéissance, dans l’opposition à la loi du Bon Dieu, à la loi du Ciel et de l’éternité bienheureuse, alors c’est l’enfer. Il n’y a que deux groupes et il n’en restera que deux. Certes, il y a le purgatoire, mais c’est une voie pour aller au Ciel. A la fin du monde, lorsque Dieu aura décidé que le dernier de ses élus est arrivé, le temps sera terminé. Les astres s’arrêteront dans leur course, les anges viendront, sonneront de la trompette et les corps ressusciteront : les corps de ceux qui sont maintenant au Ciel, et aussi de ceux qui sont, hélas, en enfer. Les corps ressusciteront, et viendra le jugement général. Saint Thomas explique qu’une lumière particulière sera donnée à chaque âme pour voir tout ce que les hommes auront fait et pour tout considérer par rapport à la loi de Dieu ; ceux qui sont dans le péché comme ceux qui sont dans l’obéissance . Après le jugement général, les anges regrouperont les élus à la droite du Seigneur, et les damnés à sa gauche, et Notre-Seigneur dira les paroles qu’il a annoncées dans l’Evangile : « Venez, les bénis de mon Père, recevez le Royaume que je vous ai préparé ! Allez, maudits, au feu de l’enfer éternel ! »

Il en sera ainsi. Voilà l’histoire de l’humanité. Voilà comment se terminera notre histoire, l’histoire à laquelle nous participons tous, chacun personnellement. Nous sommes tous concernés individuellement. Nous ne pouvons pas faire le salut de notre voisin, et ce n’est pas notre voisin qui nous sauvera. Tous, personnellement, nous aurons à répondre de notre vie, de notre âme. Nous sommes donc concernés au plus haut point. Voilà par conséquent ce que nous rappelle la Résurrection de Notre-Seigneur, qui nous ouvre sur l’éternité, sur l’éternité bienheureuse.

Mes bien chers frères, nous voudrions bien que nos amis qui nous ont quittés, reviennent ici. Je pense au bon Père Ludovic-Marie Barrielle (1897-1983) qui aimait tant vous parler depuis cette chaire, avec sa foi, avec un courage et un zèle extraordinaire ; au Père Joseph Le Boulch (1910-1988) qui nous a quittés il y a quelques mois seulement ; au bon Me Roger Lovey (1929-1989)… Nous voudrions bien qu’ils viennent ici, qu’ils viennent à ma place nous dire ce qui se passe là-haut, ce qu’est l’éternité qu’ils voient maintenant ; ils y vivent. Nous voudrions bien qu’ils viennent, mais vous connaissez la parabole de Notre-Seigneur à propos du riche qui se trouve en enfer et qui demande avec supplication à Abraham de bien vouloir envoyer aux siens quelqu’un du Ciel, d’envoyer Lazare avertir ses frères : « Si quelqu’un vient du Ciel, ils se convertiront ! » Et Abraham répond : « Non, s’ils n’écoutent pas la Loi et les prophètes – s’ils n’écoutent pas les prêtres – ils ne se convertiront pas, même si quelqu’un vient du Ciel » .

Alors, il nous reste à accepter la loi du Bon Dieu, à imiter ceux qui sont nos modèles, à imiter particulièrement la très sainte Vierge Marie, et à demander l’intercession de notre bonne Mère du Ciel, pour que nous la suivions un jour dans l’éternité.

Mgr Marcel Lefebvre

(Pâques, Ecône, le 15 avril 1990)