La déchristianisation à l’instigation du Concile

Tout l’objet de la Révélation de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’objet de l’apostolat des Apôtres, c’est le règne de Dieu. Ce règne fut évident et efficace durant des siècles. Mais toutes les réformes qui ont été faites après le Concile Vatican II, ont été faites dans le sens d’une sécularisation et d’une laïcisation de la société catholique.

Demandez aujourd’hui cette grâce. Nous la demandons pour vous , ainsi que tous ceux qui sont ici présents, parents, amis, et vos maîtres qui ont tant d’affection pour vous. Que l’Esprit-Saint descende en vous avec l’abondance de tous ses dons et fasse de vous des diacres qui suivent les modèles que l’Eglise nous a donnés : saint Etienne et saint Laurent. Vous avez particulièrement besoin de cet Esprit-Saint aujourd’hui car vous aurez à prêcher le règne de Dieu.

Lorsqu’on prend connaissance dans les Ecritures, des dernières paroles de Notre-Seigneur aux Apôtres avant de monter au Ciel, et des premières paroles des Apôtres après la descente du Saint-Esprit sur eux, on s’aperçoit que tout l’objet de la Révélation de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’objet de l’apostolat des Apôtres, c’est le regnum Dei, le Royaume de Dieu, le règne de Dieu. C’est bien ce que Notre-Seigneur nous a demandé dans sa prière : « Que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel » . C’est cela l’objet de notre prédication.

Notre-Seigneur fut vraiment Roi pendant les siècles de chrétienté

Ce règne de Dieu fut évident et efficace durant des siècles, pendant les siècles de chrétienté où Notre-Seigneur était vraiment le Roi dans les cités, dans les familles, dans les individus. Oh certes, tout n’était pas parfait, il y avait bien aussi et toujours le péché et les pécheurs, mais on peut dire que le Royaume de Notre-Seigneur était agréé par tous, par ceux qui présidaient aux destinées des cités, par les chefs de famille, par ceux mêmes qui avaient une profession et qui la consacraient à dessein, et par les individus d’une manière générale. Les vocations en étaient une preuve, ainsi que les familles chrétiennes.

Or, un dessein satanique est venu troubler ce règne de Notre-Seigneur, avec pour intention, pour but non seulement de le troubler, mais de le détruire de fond en comble. C’est bien ce que dit le pape Léon XIII dans son encyclique Humanum genus  parlant de la franc-maçonnerie : « Leur but est la destruction totale des institutions chrétiennes ». Destruction totale des institutions chrétiennes… Et en effet, patiemment, résolument, avec une malice consommée, ils arrivent peu à peu à leur but, d’année en année ils arrivent à détruire les institutions chrétiennes.

On s’attendrait, évidemment, à une résistance acharnée de la part de ceux qui croient au règne de Dieu, de ceux qui croient à la Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais hélas, partout des traîtres, des abandons, des compromissions… Le règne de Notre-Seigneur sera encore acceptable à la rigueur dans les familles, à la rigueur dans les paroisses, dans la vie privée mais plus extérieurement, plus dans la cité, ni dans les professions. C’est la sécularisation, la laïcisation, voilà le projet infernal de Satan. Le grand moyen d’arriver à la destruction du règne de Notre-Seigneur et des institutions chrétiennes, c’est la laïcité et la sécularisation des Etats, des sociétés, et par le fait même, nécessairement – comme une conséquence logique et implacable – c’est la sécularisation et laïcisation des familles, et non seulement des familles mais des séminaires et du clergé.

C’est ainsi que dans le clergé, dans l’Eglise, des hommes se lèvent en faveur de la sécularisation. Des chrétiens, comme Maritain , estiment que la sécularisation est une évolution nécessaire, comme un progrès qui doit arriver avec la science, avec le développement des sciences humaines et sociologiques. Teilhard de Chardin, un prêtre, fera aussi de cette laïcisation, de cette sécularisation, l’objet de ses considérations qui seront reprises dans les séminaires par des prêtres et des professeurs. Dès lors, à quoi peut-on s’attendre si même ceux qui desservent l’autel, ceux qui servent Notre-Seigneur, ceux qui ont été ordonnés pour le règne de Dieu, pour le règne de Notre-Seigneur, sont aussi partisans de la destruction du règne de Notre-Seigneur dans la société ? Comment peuvent-ils être encore des prêtres ?

Vatican II en faveur de la sécularisation et de la laïcisation

Mais il faut aller plus loin : ce ne sont pas seulement des prêtres, ce ne sont pas seulement des individus qui sont en faveur de la sécularisation et de la laïcisation, mais c’est un concile ! Le concile Vatican II par son décret de la liberté religieuse instaure pratiquement la laïcisation et admet officiellement les Etats laïques et les Etats sécularisés, admet que Notre-Seigneur ne règne plus dans la société ; qu’il règne encore à la rigueur dans les âmes, dans les individus, dans les familles, dans les paroisses, mais plus dans la société. « Cela n’est plus possible », je l’ai entendu de mes propres oreilles, « le règne de Notre-Seigneur dans la société n’est plus possible » !

Ce n’est pas ce que disait le pape Pie XI dans son encyclique Quas primas  sur la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ. Quelle magnifique encyclique ! Nous devrions la lire et la relire souvent pour savoir où est notre devoir, quel est le devoir des prêtres en faveur du règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ. Nous voyons maintenant, à l’instigation de ce Concile et de ce décret sur la liberté religieuse, la déchristianisation de toutes les sociétés catholiques, et cela accompli non seulement avec l’accord, mais avec l’approbation et à l’instigation de Rome ! Voilà la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.

C’est un crime, un crime contre Notre Seigneur Jésus-Christ ! Précisément toutes les réformes qui ont été faites après le Concile, ont été faites dans le sens d’une sécularisation et d’une laïcisation de la société catholique. La nouvelle liturgie, la nouvelle messe n’est plus celle qui exprime la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, tandis que la vraie messe, la messe de toujours exprimait cette royauté sociale de Notre-Seigneur, cette adoration de la société chrétienne, de tous ceux qui en font partie, de tous ceux qui ont des responsabilités dans la société. Tous ceux-là adoraient Notre-Seigneur à genoux, adoraient Notre-Seigneur dans la sainte Eucharistie et lui demandaient pardon pour leurs péchés, lui demandaient la grâce de la rémission de leurs péchés, l’application du Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ sur leurs âmes. Toute la société réunie autour de l’autel adorait Jésus, le reconnaissait comme Roi. Il règne par le bois de la Croix. Regnavit a ligno Deus . Il règne par le bois de sa Croix et tout le monde le reconnaît.

Cette transformation de la messe en une espèce de réunion communautaire où l’on partage un pain qui signifie la communauté et qui rappelle simplement le souvenir de Notre-Seigneur, ce n’est plus la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, alors qu’elle en était l’expression la plus belle, la plus sacrée, la plus divine de toute la société chrétienne. C’est pourquoi de magnifiques églises ont été construites par nos ancêtres pour signifier cette royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ sur tous les individus.

Ces flèches qui s’élancent au milieu de nos villages, toutes les maisons regroupées autour du clocher, autour de l’église, signifiaient précisément la royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ. On a voulu faire maintenant des salles polyvalentes qui servent à n’importe quoi, qui n’ont plus de signification, qui ont même parfois des formes désagréables, horribles. Ce n’est plus la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Or c’est cela que vous aurez à prêcher. (…) Vous êtes faits diacres par la sainte messe, dans la sainte messe de toujours, grâce au sacrifice de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ. Vous serez faits diacres comme les diacres ont été faits depuis le début de l’Eglise : la cérémonie que nous allons faire, est celle de toujours. Vous pouvez donc avoir cette conviction : « Je suis diacre comme l’ont été saint Etienne, saint Laurent et tous ceux qui ont été ordonnés diacres avec eux et après eux ». Ayez en vous cette foi, ce feu de l’Esprit-Saint qui illumine vos esprits, qui vous donne une charité profonde, une charité parfaite, ayant avant tout les regards jetés sur Notre Seigneur Jésus-Christ et non pas seulement sur votre prochain. On n’aime son prochain que pour Dieu et non pas pour lui-même ni pour nous-mêmes, mais pour Dieu, pour Notre-Seigneur, pour que Notre-Seigneur règne en lui et que notre prochain se destine à lui. Voilà le but de la charité, voilà le but de l’Esprit-Saint qui descend en vous.

Demandez-le à la très sainte Vierge Marie, mes chers amis, à votre bonne Mère du Ciel. (…) Demandez-lui qu’elle vous donne cette grâce de l’Esprit-Saint, grâce du diaconat, en abondance et qu’elle vous la garde tout au cours de votre vie.

Mgr Marcel Lefebvre

(Ecône, le 25 mai 1985)