La parole de Mgr Marcel Lefebvre – Le Rocher 128

En 1975, en pèlerinage à Rome pour montrer son attachement à l’Eglise (moins d’un mois après la “suppression” de la Fraternité), Monseigneur encourageait les fidèles à avoir la vaillance des martyrs. Au cours de ses voyages (ici au Canada), le fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X expliquait aux fidèles les raisons de son attitude face aux nouveautés conciliaires et devant les condamnations qui lui étaient infligées. Partout où il passait, il en profitait pour encourager les fidèles à ne pas baisser les bras dans le combat de la foi.

Ne pas avoir peur d’affirmer la foi

Les martyrs qui sont ici enterrés partout dans ces basiliques et dans toutes ces églises, qui ont souffert ici dans ce Forum d’Auguste, qui ont vécu au milieu des païens pendant trois siècles, ont été persécutés dès qu’on les savait chrétiens.

On les enfermait dans les prisons : pensez à la prison Mamertine, qui est à deux pas de nous ! Paul et Pierre ont été enfermés, ont été enchaînés à cause de leur foi.

Et nous, nous aurions peur d’affirmer notre foi ? Nous ne serions pas alors les vrais descendants des martyrs, nous ne serions pas les vrais descendants des chrétiens qui ont donné leur sang pour Notre-Seigneur Jésus-Christ et pour affirmer leur foi.

Eux aussi auraient pu à la rigueur dire : « Mais, puisque toutes les religions se valent, si je jette un peu d’encens devant une divinité, qu’est-ce que cela peut faire ? J’aurai la vie sauve. » Ils ont préféré mourir, ils ont préféré être jetés aux bêtes dans le Cirque Maxime, tout près de nous. Tant et tant de martyrs ont été jetés aux bêtes plutôt que de donner de l’encens aux divinités païennes !

Alors, que notre présence ici à Rome soit pour tous une occasion de raffermir notre foi, d’avoir des âmes de martyrs s’il le faut, des âmes de témoins – le martyr c’est un témoin – des âmes de témoins de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de témoins de l’Eglise. Voilà ce que je souhaite pour vous, mes bien chers frères, et en cela nous devons être fermes, quoi qu’il arrive.

Jamais nous ne devons accepter de diminuer notre foi, et s’il arrivait, par malheur, que ceux qui doivent défendre notre foi venaient à nous demander de la diminuer et de l’atténuer, alors nous devons dire : non. Comme l’a dit si bien saint Paul : « Si un ange du Ciel descendait, ou si moi-même je vous disais quelque chose de contraire à la Foi, ne l’écoutez pas. » 1

Eh bien ! cette phrase, je pense, résume précisément ce que je voulais dire, afin que, retournant chez vous, vous ayez ce courage, cette force, malgré les difficultés, malgré les épreuves, de maintenir envers et contre tout, pour vous, pour vos enfants, pour les générations futures, la Foi que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a donnée, afin que le chemin du Ciel ait encore de nombreux pèlerins, que le chemin du Ciel soit encore peuplé de foules qui montent au Ciel et non pas un chemin qui soit vide et qu’au contraire celui qui conduit à l’enfer soit rempli d’une population qui n’a pas cru à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a refusé Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous devons penser à cela, car Notre-Seigneur l’a dit : si nous ne croyons pas nous serons condamnés.

Mgr Marcel Lefebvre

(Homélie, Rome, basilique de Maxence, 25 mai 1975)

Tous les fidèles sont concernés par la crise

Je crois que nous devons, nous qui avons la grâce de nous rendre compte de ce qui se passe actuellement, de cette crise grave qui secoue l’Eglise, nous n’avons pas le droit de fermer les yeux, nous n’avons pas le droit de dire : « Cela ne nous regarde pas, c’est l’affaire des prêtres, c’est l’affaire des évêques, c’est l’affaire du pape… qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? Je suis dans ma famille, je suis chez moi, j’ai ma profession, ce qui se passe autour de moi, je ne peux rien y faire. Si mon curé me dit ceci, si mon évêque me dit cela, je suis. Que voulez-vous que je fasse d’autre ? J’ai été habitué à obéir, donc, je suis. Je ne suis pas plus malin qu’eux ». Eh bien, non ! Nous n’avons pas le droit d’abandonner notre foi.

Tout chrétien, toute âme baptisée doit préserver sa foi, c’est son plus grand bien. Nous n’avons pas de plus grand bien que notre foi et personne n’a le droit de toucher à notre foi. La foi nous procure la vie éternelle : c’est ce que vos parrains et marraines ont répondu au prêtre qui les a interrogés, lorsqu’ils vous ont portés sur les fonts baptismaux. Que vous procure la foi ? La foi vous procure la vie éternelle. Bien ! Donc, si la foi nous procure la vie éternelle, nous n’avons pas le droit que quelqu’un y touche ; nous-mêmes, nous n’avons pas le droit d’y toucher, nous devons la garder précieusement, nous devons l’entretenir, nous devons la fortifier.

Si quelqu’un, quel qu’il soit ici-bas, vient nous dire : « Approchez-vous des protestants ; ce n’est pas si mal, et maintenant, il faudrait que les religions arrivent à s’unir entre elles, qu’on ne fasse plus ces distinctions comme on les faisait autrefois. L’Eglise était trop sévère ! » Il faut répondre : La foi en l’Eglise, c’est la foi dans l’Eglise. La foi, qui a été enseignée il y a deux mille ans, n’a pas pu se tromper. L’Eglise n’a pas pu se tromper pendant deux mille ans. Si l’Eglise s’est trompée pendant deux mille ans, elle se trompera encore et toujours : il n’y a plus de foi possible, il n’y a plus rien à croire.

Si l’Eglise a enseigné un Credo pendant deux mille ans, si l’Eglise a enseigné les sacrements pendant deux mille ans, si l’Eglise a enseigné le Sacrifice de la messe pendant deux mille ans, toutes les vertus, la loi, le Décalogue et toutes les vertus morales, toutes les vertus chrétiennes, et la grâce sanctifiante, eh bien ! c’est cela que je dois avoir. Mon catéchisme, c’est ma foi. Je garde mon catéchisme et je ne veux pas en avoir d’autres. Mon catéchisme, c’est mon chemin pour aller au ciel.

Nous devons donc avoir un attachement indéfectible à notre foi. Voyez-vous, c’est le bien qui est le premier, le premier des biens, et personne n’a le droit de toucher à ce bien que nous avons. Nous devons donc demander par nos prières, et particulièrement à la très sainte Vierge Marie, de nous aider à garder notre foi. Et au Saint-Esprit dont elle est remplie, de nous aider, dans les circonstances actuelles, à voir clair.

Mgr Marcel Lefebvre

(Conférence aux fidèles, Sherbrooke, le 11 novembre 1975)

Garder la Tradition : ce n’est pas nouveau !

Maintenons-nous dans cette fermeté de la Tradition et c’est de cette manière-là que nous empêcherons l’erreur et que nous garderons nos âmes chrétiennes, nos âmes catholiques. Nous avons besoin de cela et nous ne devons pas nous laisser intimider par quoi que ce soit. Personne n’a le droit de nous enlever notre foi.

C’est saint Paul lui-même qui dit à Timothée : « Garde la foi, combats le bon combat de la foi », « Certa bonum certamen fidei » 2, « Tenete Traditiones », « Maintenez les Traditions » 3, et puis il ajoute : « Permane in his qui didicisti… ab infantia… », « Demeure dans les choses que tu as apprises dans ton enfance. » 4 Et ces choses que tu as apprises dans ton enfance, tu les as reçues de ta grand-mère, et il nomme le nom de sa grand-mère, et il nomme le nom de sa mère 5, demeure dans ce que tu as appris de ta grand-mère, et de ta mère, et pourtant c’était du temps de saint Paul !

Il demandait donc qu’on garde les Traditions, il n’avait pas l’Ecriture, et l’Evangile n’était pas encore écrit. Les lettres de saint Paul n’étaient pas encore écrites, alors dans quoi tenir ? Dans la Tradition, dans ce que la grand-mère de Timothée avait reçu des Apôtres, de la prédication des Apôtres et de ceux qui remplaçaient les Apôtres. Dans ce temps-là, c’était son catéchisme. Elle le gardait précieusement, elle l’a enseigné à sa fille, et sa fille l’a enseigné à son petit-fils, à son fils Timothée qui est devenu évêque. Et saint Paul eut dit : « Demeure dans la Tradition de tes parents, garde cette Tradition. » Saint Paul lui-même dit que la plus grande chose qu’il ait pu conserver sur la terre c’est d’avoir gardé la foi : « Fidem servavi – J’ai gardé la foi » 6. C’est la plus grande chose qu’il puisse dire à son sujet ; c’est parce que j’ai gardé la foi que me sera donnée la couronne de la vie éternelle.

Mgr Marcel Lefebvre

(Conférence aux fidèles, Sainte-Yvette, 16 novembre 1975)

Pour l’honneur de la sainte Eglise, Les 50 ans de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, Dossier spirituel et doctrinal pèlerinage 2020, textes 152, 153 et 157.

  • 1. Gal. I, 8-9.
  • 2. 1 Tim 6, 12.
  • 3. 2 Thess. 2, 14.
  • 4. 2 Tim 3, 14-15.
  • 5. 2 Tim 1, 5.
  • 6. 2 Tim 4, 7.