La parole de Mgr Lefebvre

Le prêtre, médecin des âmes dans le tribunal de la pénitence

Mgr Marcel Lefebvre explique pourquoi on donne au sacrement de pénitence le nom de tribunal et en tire comme conséquence la nécessité et les bienfaits de l’aveu des péchés par la confession auriculaire.

Il semble utile de considérer spécialement le sacrement de pénitence, qui en de nombreuses circonstances occupe une grande partie du temps que le prêtre consacre à l’apostolat. Vu la faiblesse des âmes, les scandales de la société corrompue au milieu de laquelle elles vivent, les chutes sont fréquentes. Notre-Seigneur a institué dans son infinie miséricorde « une deuxième planche de salut »1.

Le prêtre a reçu le pouvoir2 d’appliquer les mérites de la Croix et du sang de Jésus aux âmes qui confessent leurs péchés avec contrition et qui s’acquittent d’une satisfaction pour la peine due aux péchés déjà pardonnés.

L’absolution reçue dans le sacrement de pénitence, c’est vraiment le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est répandu sur les âmes pour les laver de leurs péchés. Ce n’est pas par la grâce du prêtre lui-même que les péchés sont remis, mais bien par la grâce de Notre-Seigneur3, par le sang de Notre-Seigneur. Aussi les pénitents doivent-ils en être reconnaissants et en même temps prendre conscience de la gravité du péché, parce que le péché a eu comme prix de la rédemption le sang de Dieu lui-même.

Le tribunal de la pénitence

Ce qui fait l’essence du sacrement de pénitence, c’est le jugement. Au sacrement de pénitence, on se présente au tribunal. Le prêtre est juge et donne une sentence favorable ou défavorable4. Et ce pouvoir de jugement, Notre-Seigneur l’a remis par des paroles particulières. Il aurait pu ne pas les prononcer et simplement dire qu’il faut remettre les péchés [à ceux qui ont les dispositions requises], mais ne pas donner solennellement aux Apôtres ces paroles qui sont si importantes. « Il souffla sur eux et leur dit : “Recevez l’Esprit-Saint : les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez”. »5

Le sacrement de pénitence est d’abord essentiellement un jugement. Et ce jugement, c’est le prêtre qui doit le faire devant l’accusation des fautes du pénitent. Il y a un jugement à porter sur une personne et non pas sur une masse, non pas sur une foule. Or, aujourd’hui, il y a une tendance à vouloir supprimer la confession personnelle pour la remplacer par une absolution collective.

C’est dans le confessionnal que le Saint-Esprit se donne aux âmes. C’est pourquoi l’Eglise a toujours beaucoup estimé le sacrement de pénitence.

Le prêtre, médecin des âmes

[Dans le sacrement de pénitence] les âmes déversent dans le cœur du prêtre toutes leurs misères, et le prêtre porte dans le secret absolu de la confession tous ces péchés du monde6. Il les porte dans la douleur, dans la souffrance, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais aussi dans la joie en purifiant les âmes dans le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ par les paroles du sacrement de pénitence, afin qu’elles deviennent blanches comme la neige.

Si le prêtre souffre de toutes ces douleurs morales, il a soif de guérir les âmes à la suite de Notre-Seigneur. Notre-Seigneur est passé en guérissant non seulement les corps, mais aussi les âmes, pendant ses trois années de vie publique. C’est ce que fait le prêtre, il guérit les âmes.

Nous nous penchons volontiers, bien évidemment, sur ceux qui sont abandonnés, sur ceux qui sont malades, mais la misère spirituelle est encore plus grave, et c’est celle-là précisément qui doit être l’objet principal de la sollicitude du prêtre.

Regardez le curé d’Ars, regardez le padre Pio. Ces prêtres ont passé leur vie au confessionnal. Pourquoi ? Parce qu’ils savaient que là, ils répandaient le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ par l’absolution qu’ils donnaient aux âmes et parce qu’ils soutenaient ces âmes par leurs conseils. Beaucoup d’âmes souffrent dans leur cœur des choses qu’elles ne peuvent dire qu’au prêtre, qu’elles ne peuvent dire qu’à Dieu. Le prêtre porte cela dans le silence de son cœur, puisqu’il doit garder le secret de la confession.

La confession fréquente

Nous devons fréquenter souvent le sacrement de pénitence, car il nous donne des grâces particulières pour nous aider à éviter le péché et à nous maintenir dans la charité du bon Dieu. C’est la grâce propre de ce sacrement. Même si nous n’avons pas commis de péché mortel et que nous n’ayons commis que des péchés véniels, ou au moins des négligences, le sacrement de pénitence nous donne des grâces qui nous font éviter le péché mortel. C’est pourquoi il est si précieux, et que nous devons aimer à nous confesser.

Profitez fréquemment du sacrement de pénitence. Il a pour effet particulier d’éloigner les tentations et donne une grâce particulière pour nous éloigner du péché. Il n’est pas fait uniquement pour nous délivrer d’un péché grave, mais aussi pour nous donner les grâces nécessaires pour éviter le péché.

C’est pourquoi nous devons utiliser fréquemment ce sacrement que le bon Dieu nous a donné pour nous maintenir dans la vertu, et particulièrement dans la vertu de pureté, dans la vertu de chasteté.

Mgr Marcel Lefebvre

(La Vie spirituelle, pp. 368-374)

  • 1. Somme théologique, III, q. 84, a. 6.
  • 2. Somme théologique, Suppl., q. 19, a. 3.
  • 3. Somme théologique, III, q. 84, a. 3.
  • 4. « Si quelqu’un dit que l’absolution sacramentelle du prêtre n’est pas un acte judiciaire, (…) qu’il soit anathème. » (Décret sur la justification, 25 novembre 1551, can. 9, concile de Trente, 14e session, in DS 1709)
  • 5. Jn 20, 22-23.
  • 6. Somme théologique, Suppl., q. 8, a. 1.