La Nativité

Les premiers instants passés à Bethléem furent pour le Cœur de Marie un sujet de préoccupations et d’inquiétudes.

La naissance de son enfant était imminente. Malheureusement ses recherches avec Joseph pour trouver un logement demeurèrent vaines. Le recensement avait provoqué un afflux de personnes. Ils ne trouvèrent pas de place à l’hôtellerie.

Marie ressentit vivement le caractère pénible de cet imprévu de la dernière heure. Au lieu d’un berceau bien préparé et d’une maison bien accueillante, elle ne put trouver qu’une étable et une mangeoire d’animal. Mais derrière cette épreuve douloureuse à son Cœur maternel, la Vierge discerna très vite, à n’en point douter, les dispositions mystérieuses de la volonté divine. Elle les adora en silence. Si son Cœur fut ému, il demeura dans la paix.

Le premier geste d’une mère est de regarder avec avidité l’enfant à qui elle vient de donner le jour. La Vierge connut, elle aussi, cette joie du premier regard posé sur son nouveau-né. Sans doute, alors, son Cœur a-t-il battu un peu plus fort, et aussi, lorsqu’elle l’embrassa pour la première fois. Toute la tendresse humaine se trouva rassemblée dans ce premier regard et ce premier baiser. Dans le silence et la solitude de la nuit, réfugiée dans un misérable abri, la nouvelle Ève serrait sur son Cœur l’Enfant-Dieu dont elle était la Mère.

La délicatesse de Dieu voulut que la Vierge vécût seule avec Joseph ces premiers instants d’un bonheur unique.

Ils contemplaient en silence le chef-d’œuvre de l’Éternel Amour. Ce petit être si frêle, si touchant, c’était donc lui le Désiré des nations, le fruit divin de l’arbre de Jessé, l’accomplissement des promesses de Dieu transmises par les prophètes.

Le Dieu du Sinaï se manifestait au monde de la manière la plus inattendue. Ce n’était pas l’éclat de la majesté et de la puissance. La nouvelle révélation divine complétait la première de façon à toucher les cœurs les plus endurcis.

Marie perçut qu’il y a en Dieu un éternel mystère d’enfance, dépouillé de toutes ses limitations humaines. Le Cœur de Marie sentit que réside en Dieu la plénitude des commencements. Dieu n’a jamais cessé d’exister. Cependant, le jaillissement éternel de la vie divine ne vieillit pas. C’est toujours la même jeunesse dans la même perfection. En adorant son Jésus qui commençait sa course terrestre, Marie adorait la jeunesse sans fin de la Vie Incréée.

Comment le Cœur de Marie ne se serait-il pas fondu d’amour et de reconnaissance ?

Le cœur des hommes, lui, se laisse prendre trop souvent par l’attrait des apparences du pouvoir, de la grandeur, de la richesse. Par sa seule présence, le petit Enfant de la crèche attirait l’attention sur l’essentiel. C’était un appel au dépouillement, mais non point au dépouillement stérile.

Qui pouvait être plus pauvre, plus caché, plus humble que Marie et Joseph dans l’étable de Bethléem ? Mais aussi, qui pourrait être plus riche, plus grand, plus mis en évidence tout au long des siècles ? Quand finirons-nous par comprendre la leçon ?

À Bethléem, Marie contemplait l’enfance et la simplicité divines dans toute leur splendeur. Comment son Cœur pourrait-il oublier ces instants extraordinaires où, seule avec Joseph, elle adora son enfant emmailloté et placé dans une crèche ? Ce furent, sans doute, les plus touchants qu’elle vécut.

La Vierge et Joseph tout entiers à leur bonheur comprenaient en même temps qu’il ne leur était point propre. C’était celui de toute l’humanité jusqu’à la fin des temps.

En voyant l’Enfant divin, ils songeaient également aux pauvres enfants des hommes, ceux de leur famille, de leur voisinage, ceux de toutes les générations. L’Ange avait dit : « Son règne n’aura pas de fin. »

Elle se réjouissait pour nous. Les unes après les autres, les générations humaines connaîtraient un peu de cette joie qui remplissait son Cœur. Des multitudes innombrables, s’unissant à ses sentiments, vivaient en esprit ces moments qui faisaient ses délices.

Le Cœur de Marie était comblé. Elle voyait son Enfant devant elle. Elle pensait à ses enfants de la terre qui, pour cet instant surtout, la proclameraient bienheureuse. Toute la joie de l’humanité venait s’unir à la joie divine pour déferler dans son Cœur.

Les moments de solitude que connurent Joseph et Marie en présence de l’Enfant divin leur parurent bien courts. Bouleversés devant la bienveillance divine, leurs cœurs ne faisaient qu’un pour louer le Très-Haut et adorer l’Enfant.

Ô Marie, dans la contemplation du Mystère de la Nativité, apprenez à nos cœurs à se mettre à l’école du vôtre. Nous sommes encombrés d’affections inutiles. Nous nous leurrons dans la poursuite de biens qui n’en valent pas la peine. Purifiez-nous. Votre Cœur a aimé l’Enfant Jésus avec délicatesse, avec respect, avec tendresse, dans un élan sans égal.

Nous avons besoin de connaître votre respect, votre délicatesse, votre ardeur.

Le monde paganisé dans lequel nous vivons a oublié votre pureté, la pauvreté et l’humilité de la crèche. Nous sommes quotidiennement tentés de suivre ses séductions. Détournez-nous des dangers mortels qui nous menacent et conduisez-nous vers Celui qui est Vivant dans les siècles des siècles.

Habituez nos cœurs à n’être sensibles, comme le vôtre, qu’à l’Amour Infini, cet Amour qui, pour nous toucher davantage, a voulu nous apparaître sous les traits de votre nouveau-né.

[Père Auvray, Le Cœur immaculé de Marie, chap. 7]