Allons à la rencontre de Notre-Seigneur

Quarante jours après la naissance de Jésus, Marie et Joseph portèrent l’Enfant au Temple, afin de le présenter au Seigneur selon la loi de Moïse. Que l’Enfant-Jésus vienne au Temple de Jérusalem montre que, désormais, ce ne sont plus des tables de pierre qui signifient la Loi de Moïse, mais que lui-même sera notre Loi.

Dans les premiers siècles de l’Eglise, on appelait la Purification, la fête de la Rencontre. Pourquoi la fête de la Rencontre ? Parce que Siméon et Anne, appelés par l’Esprit-Saint, étaient venus à la rencontre de Notre-Seigneur et de ses parents au Temple de Jérusalem 1. En effet, on comprend qu’il y ait là une signification remarquable : que l’Enfant-Jésus vienne au Temple de Jérusalem montre que, désormais, ce ne sont plus des tables de pierre qui signifient la Loi de Moïse, mais que lui-même sera notre Loi, lui qui est la Loi de l’univers. Lui qui est la Loi de la charité, le Verbe de Dieu, lui qui est la Loi vivante, entre dans son Temple et remplacera désormais ces tables de pierre pour l’habiter jusqu’à la fin des temps. Notre-Seigneur prend possession de son Temple, tout en se soumettant à la Loi, comme il l’a dit : « Non veni solvere legem, sed adimplere. Je ne suis pas venu abolir la Loi mais l’accomplir. »2

En effet, Notre-Seigneur consacrait la Loi et la transformait par une Nouvelle Alliance, par un Nouveau Testament en venant dans son propre Temple prendre possession de son Temple. Qui l’a reçu ? Sans doute les prêtres et les pontifes qui se trouvaient alors dans le Temple. Ont-ils vraiment reconnu Notre Seigneur Jésus-Christ ? Ont-ils vraiment reconnu celui qui venait prendre possession de son Temple ? Nous ne le savons pas, l’Ecriture en tout cas ne nous le dit pas. Il est très probable qu’ils l’aient reçu comme ils recevaient les parents venant apporter leur premier-né pour les racheter en quelque sorte, en faisant une offrande au Temple selon la Loi de Moïse. C’est ce que venaient faire saint Joseph et la très sainte Vierge en venant présenter Jésus ; ils accomplissaient la Loi de Moïse. Mais qui les a reconnus ? Un juste, un vieillard rempli du Saint-Esprit qui vivait dans la ville de Jérusalem et qui, à ce moment, poussé par l’Esprit-Saint est venu au Temple pour rencontrer Notre Seigneur Jésus-Christ, et Anne, la prophétesse. Ils ont reconnu Jésus, et l’ayant reconnu, ils ont chanté les louanges de Notre-Seigneur. « Désormais, dit le vieillard Siméon, je puis mourir, car j’ai vu le salut d’Israël et la rédemption de toutes les nations. »3 Et la très sainte Vierge et saint Joseph étaient en admiration devant tout ce qu’ils entendaient.4

Hérauts de Notre-Seigneur Jésus-Christ par la soutane

Eh bien aujourd’hui, mes chers amis, vous aussi vous allez à la rencontre de Notre-Seigneur, à une rencontre toute spéciale. Certes, déjà lorsque vos parents vous ont préparés à la première communion, vous avez rencontré Notre-Seigneur. Vous vous souvenez certainement de ce jour béni qui a été celui de votre première communion, de votre première rencontre intime, personnelle avec Notre Seigneur Jésus-Christ.

Depuis, bien des fois, vous avez eu cette grande grâce de vous unir à Notre-Seigneur, de mieux le connaître. Peut-être y a-t-il eu quelques nuages au cours de votre existence dans cette union à Notre-Seigneur ? Mais voici qu’attirés par l’Esprit-Saint vous êtes venus dans ce séminaire pour le rencontrer à nouveau, cette fois d’une manière définitive, cette fois d’une manière encore plus personnelle, d’une façon plus convaincue, d’une façon plus aimante, plus parfaite, plus complète.

Aujourd’hui, vous voulez que cela soit signifié par un signe extérieur qui va désormais marquer aux yeux du monde que vous êtes attachés à Notre-Seigneur pour toujours et que vous désirez le prêcher, le manifester au monde, manifester votre attachement à Notre Seigneur Jésus-Christ, manifester votre foi en la Rédemption de Notre-Seigneur, en sa venue en ce monde. Et vous avez raison, mes chers amis, vous serez les hérauts de Notre Seigneur Jésus-Christ, vous le prêcherez rien que par votre habit, rien que par votre attitude. Ce sera là une prédication excellente pour tous ceux qui vous rencontreront.

« Mais, diront certains, cette présentation de Notre Seigneur Jésus-Christ est une provocation, cette manière de présenter Notre Seigneur Jésus-Christ n’attirera pas les âmes, elle les divisera. » Alors, il ne fallait pas que Notre-Seigneur vînt en ce monde… Il fallait que Dieu le Père évite d’envoyer son Fils en ce monde, car si Dieu a voulu que son Fils vienne en ce monde et se présente sous la forme d’un homme comme nous, il savait parfaitement qu’il faisait entrer le glaive en ce monde, que les inimitiés viendraient immédiatement à la poursuite de Notre Seigneur Jésus-Christ, que le monde serait divisé. Et erit signum contradictionis ; c’est déjà le vieillard Siméon qui l’annonce : « Il sera un signe de contradiction et il révélera ce qu’il y a dans le cœur des hommes » 5. Oui, Notre-Seigneur par sa simple présence révélera les pensées de nos cœurs. Les uns seront pour lui, les autres seront contre lui. Du haut du Ciel, le Bon Dieu verra dans les cœurs et dans les consciences, qui est pour Notre-Seigneur, qui est contre Notre-Seigneur.

Notre-Seigneur est venu et il a révélé les pensées de nos cœurs

N’était-il pas à peine né que déjà le sang coulait à cause de lui ? Rappelez-vous tous ces innocents qui ont perdu la vie, qui ont répandu leur sang à cause de Notre-Seigneur, à peine était-il entré en ce monde. Eh oui, disent les insensés, dixit insipiens in corde suo : non est Deus ; l’insensé dit dans son cœur : « Il n’y a pas de Dieu. Je ne veux pas de Dieu » 6. « Nolumus hunc regnare super nos. – Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous »7 ont crié les Juifs en voyant Notre-Seigneur.

Ainsi Notre-Seigneur est venu et il a révélé les pensées de nos cœurs. Vous aussi, mes chers amis, parce que vous porterez Notre-Seigneur devant le monde, parce que votre habit portera la Croix de Notre-Seigneur, montrera votre foi en Notre-Seigneur, vous serez aussi un signe de contradiction, et vous révélerez ce qu’il y a dans le cœur des hommes. Vous ferez comme Notre-Seigneur, vous sauverez les hommes en portant votre croix car ce n’est pas dans la joie ici-bas, ce n’est pas dans le bonheur d’ici-bas que vous porterez l’Evangile, que vous porterez la Croix de Notre-Seigneur. Vous suivrez Notre-Seigneur en portant, vous aussi, votre croix. Vous partagerez ses épreuves comme il a été dit à la très sainte Vierge Marie, elle qui était si pure, elle qui était sans péché : « Un glaive transpercera ton cœur » 8. Alors nous, ses disciples, pensons-nous participer moins que la très sainte Vierge aux épreuves de Notre-Seigneur, nous qui méritons ces épreuves pour notre sanctification ? Donc vous devez savoir qu’aujourd’hui, tout en endossant la soutane, vous devrez mieux porter votre croix, la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais vous la porterez avec joie. Vous la porterez avec paix, avec sérénité.

Tous les hommes doivent supporter leurs souffrances. Ah ! Qu’il est triste de penser que ceux qui souffrent ne savent pas comprendre la souffrance ni le prix de la souffrance, que tant d’hommes trouvent dans la souffrance l’origine de leurs blasphèmes, l’origine de la séparation d’avec Dieu, d’avec Notre-Seigneur à cause des souffrances qu’ils doivent supporter ! Songez à tous ceux qui sont dans les camps de concentration, à tous ceux qui souffrent dans les geôles communistes. Le Bon Dieu qui voit leur cœur, voit les uns qui souffrent en union avec Notre-Seigneur et qui supportent leurs souffrances par amour de Dieu, par amour de leurs frères, et les autres, au contraire, qui n’ont que le blasphème à la bouche.

La Croix de Notre Seigneur, notre espérance

Non, vous porterez ces souffrances, vous porterez ces épreuves comme Notre-Seigneur, avec Notre-Seigneur, comme la très sainte Vierge Marie, et vous en serez heureux, vous y trouverez de grandes consolations. La Croix, c’est notre espoir. Spes nostra. O Crux ave, spes nostra 9. La Croix de Notre Seigneur, c’est notre espérance. Pourquoi ? Parce que la Croix de Jésus-Christ conduit à la résurrection, conduit à la vie éternelle. Ce n’est pas autre chose que Notre-Seigneur est venu nous enseigner. Il est venu nous dire que notre vie n’était pas ici-bas, que notre vie était dans l’éternité.

Or c’est cela que les hommes ne veulent pas entendre dire, ils ne veulent pas entendre qu’il faut mépriser ce monde parce qu’il y en a un autre vers lequel nous devons aller, qui est définitif, qui est éternel. Ils veulent s’attacher aux biens de ce monde, ils veulent faire de ce monde un paradis terrestre. Et quel paradis en font-ils !

Aussi, aujourd’hui, mes chers amis, vous recevrez de grandes grâces, grâces de foi de la part du Bon Dieu, de la part de Notre-Seigneur, de la part de l’Esprit-Saint. Nous espérons que ces grâces fructifieront dans vos cœurs et que vous serez de véritables apôtres de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous suivrez l’exemple de la très sainte Vierge Marie, que vous serez aussi des corédempteurs comme elle a été corédemptrice. Et cette croix, comment la manifesterez-vous, cette croix que tout à l’heure je déposerai avec joie dans vos mains et qui y restera le signe de votre espérance, le signe de votre charité surtout ? Car s’il y a un moyen par lequel Notre Seigneur Jésus-Christ nous a manifesté sa charité, c’est bien par sa Croix. Il n’a pas eu de plus grand acte de charité que de donner sa vie pour ceux qui l’aiment. Par conséquent, cette croix sera pour vous le souvenir de cette cérémonie et vous rappellera que vous devez remplir vos cœurs de charité.

Ainsi, mes bien chers frères, qui êtes venus assister à cette cérémonie, participer à la joie de vos fils, de vos frères ou de vos amis, à vous aussi, que cette cérémonie vous rappelle qu’il n’y a pas de paradis sur terre, que le Paradis est dans la demeure du Père et dans la vie éternelle, et non pas ici-bas. Ne nous attachons pas aux biens qui passent, aux biens éphémères ; attachons-nous à Notre Seigneur Jésus-Christ. Que chez vous aussi, dans vos maisons, sur les parois de vos maisons, se trouve le Christ, Notre Seigneur Jésus-Christ, la croix devant laquelle vous vous agenouillez avec vos enfants en famille, le soir, afin d’implorer les grâces de Notre Seigneur Jésus-Christ, afin de recevoir les grâces dont vous avez besoin pour supporter les épreuves, pour supporter les difficultés de la vie.

C’est là que vous trouverez la source de votre joie et de votre espérance aussi. C’est cela qui fait la force de l’Eglise et c’est ce que nous devons rappeler plus que jamais aujourd’hui où l’on voudrait arracher les croix de nos écoles, de nos églises et lieux de culte, de tous les lieux dans lesquels nous vivons, alors qu’elles devraient au contraire présider à toute notre vie. Soyons de vrais fils de l’Eglise, des fils de cette Eglise qui a donné des saints et des martyrs dans toutes les classes de la société, dans tous les milieux. Je souhaite vivement qu’un jour ceux qui, avec la grâce de Dieu, deviendront de jeunes prêtres, seront pour vous, mes bien chers frères, des soutiens, des exemples, des guides, des pasteurs, de vrais pasteurs afin que vous soyez aidés sur le chemin qui doit vous mener à la vie éternelle, par la grâce de Dieu et avec le secours de la très sainte Vierge Marie.

Mgr Marcel Lefebvre

(Ecône, Purification – 2 février 1975)

  • 1. Cf. Lc 2, 25-38.
  • 2. Mt 5, 17.
  • 3. Cf. Lc 2, 29-32.
  • 4. Lc 2, 33.
  • 5. Lc 2, 34-35.
  • 6. Ps 53, 1.
  • 7. Lc 19, 14.
  • 8. Lc 2, 35.
  • 9. Cf. hymne Vexílla Regis.