Lettre circulaire aux fidèles de Suisse

« Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »

Bien chers fidèles,

L’homme moderne se soucie peu de Dieu. Il veut bannir le Seigneur et Créateur, ainsi que ses commandements, de la vie privée et sociale. Quand cependant des malheurs ou des catastrophes naturelles surviennent, alors il se pose tout à coup la question : pourquoi Dieu permet-il cela ? Pourquoi ne l’empêche-t-il pas ? Pourquoi Dieu se tait-il ?

Cette attitude est incroyablement prétentieuse. N’est-ce pas une monstruosité de mettre la faute sur le dos de Dieu ? Dieu aurait-il dû empêcher que les hommes construisent des réacteurs atomiques, pour qu’aucune catastrophe ne se produise ? Dieu devrait-il arracher son verre de whisky à tout capitaine de bateau pour qu’aucun paquebot ne heurte un iceberg ? Le père de famille de la parabole du fils prodigue aurait-il dû enfermer son enfant pour qu’il ne dilapide pas l’héritage paternel et ne se détourne pas du droit chemin ? Le fils prodigue était assez intelligent pour ne pas accuser son père lorsqu’il gardait les porcs. S’il vivait au XXIe siècle il pourrait bien dire : « Comment mon père peut-il permettre que tout aille si mal pour moi ! »

L’attitude évoquée ci-dessus est de plus illogique. Supposons que Dieu s’implique continuellement : comment réagiraient les hommes (d’aujourd’hui) ? Comment accepteraient-ils que Dieu ne tienne pas compte de leur libre arbitre ? D’une certaine manière, Dieu ne fait qu’exaucer le vœu de nos contemporains d’être laissés en paix.

« Pourquoi Dieu permet-il cela ? », c’est également mal poser le problème. Un Dieu qui nous laisse prendre place sur le siège du juge et se met lui-même au banc des accusés, cela n’existe pas ! C’est le contraire. Nous paraîtrons devant lui en tant qu’accusés. Qu’aurons-nous à répondre lorsqu’il nous demandera : « Pourquoi ne m’as-tu pas honoré ? Pourquoi ne m’as-tu pas servi ? Pourquoi ne m’as-tu pas invoqué ? Pourquoi as-tu vécu dans l’impureté ? Pourquoi as-tu menti ? Pourquoi as-tu haï ? Pourquoi t’es-tu battu ? » Les mots resteront bloqués au fond de notre gorge.

Néanmoins, la question du mal dans le monde subsiste. Nous ne cherchons pas à l’éluder, mais nous devons bien la poser ! Elle doit être formulée ainsi : dans quel but Dieu permet-il le mal ?

D’abord Dieu permet le mal parce qu’il sait tirer le bien du mal. Au jour du jugement nous reconnaîtrons, pleins d’étonnement, comment tout le mal du monde était au service des plans de Dieu. Le meilleur exemple en est la mort de Jésus sur la croix. Le vendredi saint, le péché et le démon semblaient vainqueurs. En réalité pourtant, le démon a été vaincu et les hommes délivrés du péché et de la mort éternelle.

Deuxièmement Dieu permet notre souffrance car il veut nous conduire au salut par la souffrance. Dieu a en tout une intention sainte, même si nous ne la comprenons pas. Combien de lecteurs de cette lettre ont trouvé la foi (seulement) quand une grande douleur les a mis à genoux ? Combien d’entre eux ont été purifiés (seulement) par la maladie, la misère, le chômage ou les difficultés ? Combien finalement ont pu (seulement) dans la souffrance atteindre la conformité avec le Christ ? Sans souffrance il n’y aurait pas de saints et pas de martyrs. « Les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire à venir qui doit être manifestée en nous »1. Que ces paroles de saint Paul nous réconfortent toujours dans les grandes tribulations de la vie !

Je résume. Ne nous demandons pas : pourquoi Dieu nous laisse-t-il souffrir ? Demandons-nous plutôt : comment pouvons-nous utiliser au mieux cette épreuve ?

N’oublions jamais ces mots de l’Écriture Sainte : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »2.

Abbé Pascal Schreiber

Extrait du bulletin Le Rocher c'est le Christ n° 107 – juin - juillet 2017

  • 1. Rm 8, 18.
  • 2. Rm 8, 28.