Le mystère de l'Incarnation

« Le Verbe s’est fait chair ». Que Dieu se soit fait chair, se soit fait homme, soit devenu l’un des nôtres, c’est la chose la plus merveilleuse, la plus extraordinaire qui puisse exister.

Un mystère annoncé de longue date

Suite au péché d’Adam et Eve, Dieu, dans son immense charité, dans son immense miséricorde, a décidé d’envoyer son Fils, d’envoyer le Verbe. Le Verbe a été envoyé pour prendre un corps semblable au nôtre pour la rédemption de nos péchés.

Dieu aurait pu nous abandonner à notre désobéissance, mais il a voulu manifester sa miséricorde d’une manière absolument ineffable, inattendue, extraordinaire. Il a voulu venir parmi nous en prenant une âme et un corps semblables aux nôtres et en s’immolant sur la Croix. Il a voulu aller jusque-là. (…) Adam et Eve ont dû, après leur péché, appeler de tous leurs vœux la réalisation de cette promesse. Ils étaient repentis, malheureux de ce qu’ils avaient fait, tristes certainement d’avoir déplu à Dieu qui leur avait donné tant de biens, tant de vertus, tant de qualités. Ils ont certainement beaucoup souffert de penser qu’ils lui avaient désobéi, qu’ils s’étaient détournés de lui, de son commandement.

Le bon Dieu les a rétablis, leur a redonné la grâce, mais pas avec tous les bienfaits qu’ils avaient auparavant, et malheureusement ils ont conservé les suites du péché originel. Alors Dieu leur a dit qu’il y aurait un sauveur. Et Notre-Seigneur a voulu se choisir un peuple particulier, dont feraient partie Marie et Joseph. C’est en effet de ce peuple que sont sortis ces deux êtres choisis par Dieu pour accueillir le don de Dieu à la terre, Jésus.

Le Seigneur a mis des siècles à préparer le fiat de Marie. Toute l’histoire du peuple élu prépare cette créature exceptionnelle qui sera la véritable arche d’alliance.
On peut dire en vérité que tout l’ancien Testament a préparé la venue de la Vierge Marie. Elle a été comme le sommet de toute la préparation du peuple juif. La préparation de la venue de Jésus a été la préparation de sa mère. Et au jour qui a vu naître la Vierge Marie, Notre-Seigneur, le Verbe de Dieu, a pu dire : « Maintenant, la personne qui va être ma mère est née. »

La réalisation du mystère

Enfin arrive la réalisation de la promesse du Sauveur avec le fiat de Jésus et de Marie.

Notre-Seigneur dit à son Père en entrant dans le monde : « Voici que je viens pour faire votre volonté. » (Ps 39, 8-9) Il lui dit : « Vous m’envoyez dans le monde, voici que je viens pour faire votre volonté, fiat voluntas tua. » La très sainte Vierge prononce à son tour son fiat (Lc 1, 38). Fiat voluntas tua, que votre volonté soit faite.
Que Dieu se soit fait chair, se soit fait homme, soit devenu l’un des nôtres, c’est la chose la plus merveilleuse, la plus extraordinaire qui puisse exister. Il est descendu du Ciel, lui qui est tout-puissant. Verbum caro factum est, « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14). Cette parole est la plus grande, la plus belle que l’on puisse imaginer, et c’est grâce à la très sainte Vierge qu’elle s’est accomplie. Si elle n’avait pas dit son fiat, Dieu ne se serait pas fait chair, il ne serait pas devenu l’un des nôtres.

Toute la religion catholique se trouve là, dans ce mystère, dans ce mystère extraordinaire de l’incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par conséquent de la Rédemption.

La naissance dans une crèche

Si nous voulons nous rendre pendant quelques instants à la grotte de Bethléem et essayer de considérer ce qui s’est passé lors de la naissance de Notre-Seigneur, suivons les bergers. Nous lisons sur leur visage la joie, l’enthousiasme, à la pensée que les anges leur ont désigné ce messie, ce sauveur que tout Israël attend. Enfin il est né ! « Vous le reconnaîtrez à ce signe : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » (Lc 2, 12) Aussi, les bergers se hâtent pour aller trouver cet enfant, ce sauveur d’Israël et de toutes les nations. Et si nous avions pu les accompagner et nous joindre à eux, nous aurions trouvé, comme le dit l’Evangile, Marie, Joseph et l’Enfant dans la crèche.

Remarquez bien cette insistance de l’Evangile sur ce fait que l’Enfant-Jésus a vraiment été déposé dans une crèche, dans une mangeoire pour les animaux.
L’Eglise elle-même se plaît à nous montrer les détails au milieu desquels Jésus est né. Il devait y avoir la présence d’animaux. Nous le chantons dans un répons au cours de la nuit de Noël : « O grand mystère ! Admirable merveille ! Des animaux ont vu, couché dans une crèche, le Sauveur nouveau-né. » Des animaux ont vu Jésus. L’Eglise veut signifier par là que Jésus est non seulement le Créateur, mais il est le Maître. Toutes les créatures doivent lui rendre hommage, même les créatures irrationnelles.

« Et toute chair verra le salut du Seigneur. » (Lc 3, 6) La chair des hommes, la chair des oiseaux, la chair des animaux, la chair des poissons verront Notre-Seigneur (cf. I Cor. 15, 39), car il en est le créateur et le maître.

Ainsi donc Jésus a voulu naître dans une crèche.

Un mystère d’amour miséricordieux

La charité, qui jette quelques lumières sur la Sainte Trinité, en jette aussi sur le Christ. La charité, c’est toute la mission du Christ sur la terre.

Pourquoi Dieu le Père a-t-il envoyé son Fils sur la terre ? Pourquoi a-t-il demandé au Verbe de s’incarner ? C’est pour nous racheter, bien sûr, c’est le premier motif, mais c’est aussi pour se faire connaître à nous d’une manière plus directe, plus sensible, plus adaptée à nous. Notre rachat s’est fait par l’incarnation du Verbe pour que nous connaissions mieux Dieu et le chemin à suivre pour retourner à lui. C’est ainsi que saint Paul affirme dans l’épître aux Hébreux : « En ces derniers temps, Dieu nous a parlé par son Fils, qu’il a constitué héritier de toutes choses, par lequel aussi il a fait les mondes, et qui est la splendeur de sa gloire et l’image de sa substance. » (He 1, 2-3) Donc on ne peut pas concevoir une image humaine plus parfaite de Dieu que Notre Seigneur Jésus-Christ. Notre-Seigneur est vraiment Dieu sur terre. Et le don de Jésus-Christ aux hommes par Dieu le Père est le fruit de sa charité. « Dieu est charité » (1 Jn 4, 8), comme le dit saint Jean. Et il précise : « La charité de Dieu s’est manifestée parmi nous en ceci : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. » (1 Jn 4, 9)

Dieu est charité, c’est son essence même. Aussi, à l’intérieur de sa charité, il a tout ce qu’il faut pour être miséricordieux. Le terme miséricordieux renferme le mot miser, misérable, et le mot cor, le cœur. Miséricordieux veut dire : dont le cœur se penche sur la misère.

Il est bon de méditer un peu sur cette qualité parce qu’elle explique toute l’Histoire et notamment l’Incarnation du Verbe et la Rédemption. Le bon Dieu a permis que ses créatures lui désobéissent et il a pu manifester ainsi sa grande miséricorde. Il n’a pas voulu que l’œuvre de sa charité réalisée dans la création des anges et des hommes fût détruite par la malice des anges et des hommes, et c’est pourquoi il a accompli la Rédemption.

Mgr Marcel Lefebvre

(La Vie spirituelle, pp. 48 à 51)